Les Belles Lettres éditions

  • De Caligari à Hitler : ce titre célèbre caractérise en un significatif raccourci la période la plus riche de l'histoire du septième art allemand. En 1919, Le Cabinet du Dr Caligari ouvrait, en effet, l'ère de l'« écran démoniaque » et en 1933 Hitler brisait net le sonore. Entre ces deux dates, l'expressionnisme témoigna des tourments de l'âme germanique tandis que le réalisme analysait une société en crise. Rarement le cinéma fut plus profondément enraciné dans la vie culturelle, politique et sociale d'un peuple. Siegfried Kracauer devint en 1920 le critique cinématographique de la Frankfurter Zeitung et il y demeura jusqu'en 1933. C'est dire qu'il a suivi pas à pas le développement du cinéma dans son pays. Théoricien de l'esthétique, historien, philosophe, il entreprend d'étudier la propagande et les films nazis lorsqu'il arrive aux États-Unis, ce qui le conduit à remonter le courant et à écrire une étude psychologique fouillée qu'il publie en 1947 : From Caligari to Hitler. Ce texte, le premier qui utilise en cette matière les conquêtes du marxisme liées à celles de la psychanalyse, montre que le septième art, mieux que tout autre moyen d'expression, révèle dans sa vérité complexe la mentalité d'une nation. Immédiatement, ce livre monumental s'imposa comme un classique.

  • Mon premier est un gratte-ciel. Mon deuxième est un grand ensemble. Mon troisième est une banque, ou une école, ou un bureau de poste. Mon tout se trouve à New York, Sarcelles, Rotterdam ou la Défense.

    C'est...le style international, à qui nous devons cubes de béton, façades en verre fumé et ces intérieurs beige-noir-blanc cassé à quoi semble se réduire l'architecture moderne.

    Comment en est-on arrivé là? Pour Tom Wolfe, tout commence en Allemagne, aux lendemains de la Première guerre mondiale, avec le Bauhaus, qui regroupe les jeunes Turcs de la nouvelle architecture sous la direction de Walter Gropius. Leur devise: anéantir l'architecture bourgeoise. Marxistes, ils rêvent de balayer les décombres de la vieille Europe décadente, baroque et néo-classique, pour y édifier un monde rigoureux et abstrait, célébrant les noces de l'Art et de la Technologie.

    Chassés par la montée du nazisme, ils se réfugient aux États-Unis. Et c'est alors que se produit le miracle: subjuguée, la classe dirigeante américaine confia à un groupe de théoriciens le soin de définir son art officiel. Entre-temps, Le Corbusier en France et le groupe de Stijl en Hollande occupaient le terrain, propageant des idées analogues qui, formant un nouvel académisme, devaient inspirer le travail de trois générations d'architectes, d'un bout à l'autre de la planète.

    Oui, il court, il court le Bauhaus. Et nul ne sait où s'arrêtera l'invasion de ce style international, abstrait et incolore.

    Parce que la beauté est inséparable d'un certain art de vivre, Tom Wolfe s'attaque avec une férocité tonique à cette nouvelle scolastique, dénonçant ses dévots, ses clercs et ses dieux.

  • Dans cet essai brillant et concis, le philosophe et critique d'art Arthur Danto expose les mille et une métamorphoses d'Andy Warhol (1928-1987), personnelles, artistiques et philosophiques. Danto retrace l'évolution de l'icône pop art depuis ses premières créations, ses relations avec d'autres artistes, comme Jasper Johns ou Robert Rauschenberg ainsi que le « phénomène Factory ». Il propose une lecture approfondie des oeuvres de Warhol, analysant leur contexte socio-historique, leur dimension philosophique, la différence essentielle que Warhol entretient avec ses prédécesseurs, Marcel Duchamp notamment ainsi que les parallèles qui peuvent être tracés avec un successeur comme Jeff Koons.

    Tout en faisant revivre l'époque de Warhol, Danto dresse le portrait d'un artiste en perpétuelle transformation, dont les multiples visages - activiste politique, réalisateur, écrivain voire philosophe - ont contribué à faire de lui une figure fondatrice de la culture américaine et plus largement occidentale. Le secret du triomphe de Warhol? Avoir su « sublimer les goûts et les valeurs de l'Américain moyen », « faire des objets les plus quotidiens une oeuvre d'art avant-gardiste ».

    Arthur C. Danto est professeur émérite de philosophie à l'université de Columbia (New York). Longtemps critique d'art pour The Nation, il a publié de nombreux ouvrages, dont La Transfiguration du banal (Seuil, 1989) et Après la fin de l'art (Seuil, 1996).

  • À travers ses trois drames dont les sujets sont empruntés à l'histoire et à la mythologie grecques, Sappho (1818), La Toison d'or (1821) et Les Vagues de la mer et de l'amour (1831), Franz Grillparzer (1791-1872) s'inscrit dans la tradition de la grande tragédie allemande (Goethe et Schiller) dont il est sans doute l'ultime héritier. Revisitant l'Antiquité avec le regard nostalgique de celui qui se voit comme « le dernier des poètes dans une époque prosaïque », il brosse trois remarquables portraits d'héroïnes mythiques (Sappho, Médée, Héro) écartelées entre une vocation sacrée et un amour profane qui tout à la fois les arrache et les rend à elles-mêmes, mais au prix de la vie. Placée sous le double signe d'Éros et de Thanatos, cette expérience transgressive de la passion met à l'épreuve la relation de l'individu à l'autre, au monde et à soi. Franz Grillparzer, ce fils des Lumières profondément enraciné dans la culture classique et antique, explore les ressorts de cette crise d'identité avec une acuité psychologique et une sensibilité analytique qui, à maints égards, font de lui un des pionniers de la modernité viennoise.

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