Éditions Universitaires d´Avignon

  • « La vraie violence de la tragédie, c'est qu'on reste dans les ténèbres, tous. » Qu'est-ce qui pousse l'homme à sortir de l'humanité pour la violenter ? Thomas Jolly expose ici sa conception de la tragédie et de la pratique théâtrale. Dans l'adaptation de Thyeste de Sénèque, la mise en scène de « monstres » mythologiques témoigne de l'empathie du spectateur face à la faiblesse de la condition humaine. C'est l'histoire d'un crime innommable traduite par des mots, des sons et des images que seul ce théâtre artisanal et enchanteur peut produire.

  • « Pour moi cette communauté de corps, cette agrégation de corps nus est un début possible de quelque chose, ou bien la fin. » Comédienne, dramaturge et metteuse en scène, Emma Dante trace un panorama de la scène italienne en le situant dans un plus vaste contexte européen. En parcourant l'histoire du théâtre des cinquante dernières années, elle observe l'évolution ininterrompue des expressions artistiques. C'est justement dans ce sillage que s'inscrit Bêtes de scène, à l'intérieur d'une recherche de formes esthétiques tant nouvelles qu'anciennes. Anciennes comme le théâtre, ou, plutôt, comme le genre humain.

  • « Pour moi il y a forcément la notion d'histoire, de raconter une histoire. » Passionné de contes et de « petites anecdotes » depuis l'enfance, Thomas Quillardet considère la notion d'histoire comme la pierre angulaire de la création théâtrale. Révélation du Festival 2017, ce jeune metteur en scène déclare avoir pleinement satisfait son inspiration artistique grâce à Tristesse et joie dans la vie des girafes, pièce qui a eu le mérite de concilier deux types de travail apparemment aussi différents que la traduction et la mise en scène. La rencontre entre ces deux activités ouvre un univers imaginaire destiné à un public de tout âge.

  • « Je pense que la connaissance et la maîtrise, même virtuoses, comme c'était le cas classiquement, ne sont pas les seules conditions pertinentes pour avoir accès à l'art. Et je trouve que cette porte ouverte, cette démarche, est un chemin que chacun peut décider de prendre, où qu'il soit, quel qu'il soit. » Madeleine Louarn dénonce ici le mécanisme de domination qui assujettit les personnes handicapées. Son théâtre se caractérise par la mise en scène d'une vérité singulière, faite d'humilité et d'empathie. Dans une libre adaptation de l'univers kafkaïen, le handicap devient ainsi une passerelle pour mieux comprendre le monde, ses apparences et ses rapports de force. Face à la soumission au quotidien, il s'agit d'oeuvrer à une morale partagée, susceptible d'ouvrir de nouveaux espaces, de beauté et de liberté.

  • « Je ne cherche pas à être originale ou d'avant-garde. Non, pas du tout. Je cherche à être profondément influencée et la plus antique possible. » Dans cet entretien se déroulant le jour de la dernière de ¿Qué haré yo con esta espada?, Angélica Liddell revient longuement sur l'importance de l'écriture à ses yeux et son exigence de rigueur esthétique. Elle aborde ses principales influences, son rapport au monde et à sa violence. Loin de toute provocation, elle évoque notre être primitif, la relative capacité à l'étonnement de nos sociétés et son souhait d'amour.

  • « Je ne cherche donc absolument pas à enlever les rugosités que le handicap produit, les difficultés de parler, de maîtriser certaines choses. À travers ces difficultés se pose une question qui est humaine, profondément existentielle, celle de nos propres limites. [...] C'est extrêmement palpable chez eux sur le plateau, et c'est sans doute ce qui les rend profondément théâtraux. » Madeleine Louarn entend confronter ses comédiens à la puissance de la langue et du corps. Le théâtre devient alors un combat pour dépasser ses propres limites, pour aller au-delà du handicap, pour vivre, tout simplement, par la langue d'un autre.

  • « J'avais envie de vivre avec les mots, avec les auteurs et d'y être avec tous les autres. » Après le succès rencontré par l'adaptation de la trilogie de Don DeLillo au Festival d'Avignon 2018, cette nouvelle Leçon de l'université de Julien Gosselin permet d'approfondir la pensée du jeune metteur en scène et de découvrir son esthétique. Au fil de ces pages, il expose sa quête incessante de l'incarnation littéraire et de l'intensité émotionnelle. À travers l'exercice d'une vraie radicalité théâtrale, son intention est d'élargir l'expérience dramatique pour que chacun puisse profiter de l'extraordinaire énergie produite par cet art.

  • « Dans le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui, on a besoin d'avoir des littératures immenses, d'être face à des choses qui sont gigantesques, pas par la taille ou la durée, mais par la pensée, l'élégance, la puissance de l'écriture. La situation est tellement critique qu'il ne suffit pas de choses « grandes » ou « bonnes », il faut des choses gigantesques. » Faut-il lire au théâtre ? Julien Gosselin montre à quel point il peut être intéressant, voire essentiel, d'aller au-delà du théâtre parlé. Le théâtre, c'est aussi une lecture, des vidéos, de la poésie, de la musique. Un mélange des genres mis en pièces autour de grandes oeuvres.

  • « [...] ce sont des corps présents, physiques, visibles qui sont toujours en train d'évoquer des choses qui ne sont pas là, ce qui constitue le contrat imaginaire entre nous et le public. » Sopro, création 2017 de Tiago Rodrigues, nous amène au coeur du théâtre : la parole offerte au public le soir du spectacle. Si les mythes, les classiques, la tradition nous précèdent et nous dépassent, grâce au « contrat imaginaire » entre artistes et spectateurs la parole est libre de resurgir, ici et maintenant, sur les planches d'un plateau. Dans le devenir sans fin de l'histoire, une chose est sûre : sopro, le souffle des êtres humains, va rester à jamais...

  • Combinant différentes disciplines artis­tiques et passion de la piste, Ex nihilo livre le processus de création des spectacles de la Compagnie Gruss. Créer la nouveauté à partir de l'ancien, faire vibrer le public par la mise en scène : un défi depuis un demi-siècle.

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