Éditions Les Herbes rouges

  • Josée Yvon (1950-1994) a créé une des oeuvres les plus saisissantes de la littérature québécoise. Ses textes hybrides font le portrait affectueux et révolté de personnes marginalisées - prostituées, danseuses, travesties, violées. Son premier livre, Filles-commandos bandées, est dédié à plusieurs d'entre elles ainsi qu'à « la femme la plus dangereuse du Québec ».

    Née dans une famille aimante de la classe moyenne, Yvon a investi les franges périphériques de la société, unissant son destin à celui des écorchées vives qui habitent ses pages. Sa relation avec son « frère lesbien », le poète Denis Vanier, éclaire également son écriture et en soulève les contradictions. Pour rendre cette tension entre vie et oeuvre, La femme la plus dangereuse du Québec se nourrit non seulement de ses recueils et récits, mais aussi du contenu des vingt-quatre boîtes de son fonds d'archives. À l'instar de Yvon, adepte du collage et de la confusion des voix, Boudreault, Cadieux et Carbonneau ont profané, déboulonné, rabouté livres et archives en tous genres, et y ont fondu leur propre point de vue.

    Ode théâtrale mêlant documentaire et poésie, la pièce repose sur un triangle tragicomique : la Femme a lu tout Yvon; l'Autre Femme en a entendu parler; l'Homme préfère l'oeuvre de Vanier. Au centre de ce jeu se voit ravivée la figure lucide et brutale, multiple et irrésolue de Josée Yvon.

  • Il pourrait être question d'unoe metteuroe en scène en train d'expliquer à unoe comédienone comment atteindre un public absent, comment entrer en relation avec des êtres qui s'ignorent.

    Il y a dix ans, Christian Lapointe signait un Petit guide de l'apparition à l'usage de ceux qu'on ne voit pas. Avec Les jours gris, il poursuit sa réflexion sur le théâtre, le jeu, le langage : ce « petit traité inoffensif sur l'émergence de la parole et la mise en contexte du silence » défie les notions de personnage et de situation. À quel point une pièce existe-t-elle en dehors de la fiction ? La friabilité des corps, l'absence de liens, la mort en devenir se voient ici déployées sous la forme d'une spirale vertigineuse.

    Ce pourrait aussi être une comptine, une singulière comptine rythmée par des schémas qui en illustrent le propos, « pour qu'à partir de vous ça puisse enfin finir par réussir à parler - dans l'étrangeté de cette infiniment belle petite grise journée ».

  • Ce spectacle surprenant, qui ressort de la production courante, révèle un tempérament théâtral sûr chez Jean-Frédéric Messier, l'auteur et le metteur en scène de cette fraîcheur où Molière sert de base à une construction tout à fait contemporaine de l'émotion théâtrale.
    Robert Lévesque, Le Devoir

    Il souffle dans Le dernier délire permis un vent de jeunesse qui nous emporte. Vibrant mélange de lyrisme et de modernité, la langue du jeune dramaturge joue entre les racines classiques du drame et sa réalité contemporaine. Entre le réalisme et le badinage, les émotions et les répliques récitées, les comédiens se maintiennent avec talent dans un registre étonnant.
    Marie Labrecque, Voir

    Cette pièce est une sorte de miracle vivant. Elle fonctionne à une allure, avec une énergie, une frénésie, un bonheur, comme on n'en rencontre pas souvent. Parfois serein et pur, parfois trivial et emporté, le texte fait de chaque acteur une sorte de messager. Ce sont tous les délires de notre société qui s'y reflètent avec ses tares, ses désirs, ses contraintes, ses rêves.
    Pierre Henry, La voix du vendredi (France)

  • Un coiffeur homosexuel trouble le sommeil d'un vieux général américain avant de se retrouver captif des rêves d'une actrice. Celle-ci, fascinée par un skinhead aperçu sur une photo, fait le récit de l'aveuglement qui mutile Montréal à grands coups de projets immobiliers. Ailleurs, une enfant égarée se réjouit de sa rencontre avec un monstre, une maîtresse d'école coupe sa chair avec une lame, le Petit Chaperon rouge s'allonge nue contre le loup. Les songes de l'actrice se déploient en univers aussi complexes qu'étonnants; transposés sur scène, ils donnent lieu à de captivants enchevêtrements d'images. Les oeuvres de Marie Brassard défigurent le réel pour mieux y faire face. Les trois pièces ici réunies sont les premières qu'elle a signées en solo, singuliers objets baroques qui, entre contes et expériences technologiques, rappellent que « personne n'échappe à sa liberté, et qu'il nous revient à tous de réinventer la vie, ou d'en trahir la promesse » (Daniel Canty).

  • «Momentum tire son propos dramatique d'un fait divers ayant fortement marqué la mémoire collective états-unienne et fasciné le monde entier par son caractère sordide, à savoir l'assassinat sauvage de l'actrice Sharon Tate, jeune épouse enceinte du cinéaste Roman Polanski, par les disciples du gourou Charles Manson. L'enfant arraché aux entrailles de sa mère n'ayant jamais été retrouvé, la pièce spécule sur son destin, mais mal nous prendrait de voir là le fil conducteur d'une fable classique, car rien n'est moins chronologique et unitaire que le déroulement de Helter Skelter. À dire vrai, il s'agit plutôt d'un assemblage de tableaux épars qui font intervenir pêle-mêle faits judiciaires, figures historiques et références culturelles dans ce qui pourrait s'apparenter à un dérapage contrôlé.
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    Véritable célébration de l'éclatement, Helter Skelter offre au lecteur une matière intertextuelle d'une complexité foisonnante et, en ce sens, elle porte bien son titre. Devant cette oeuvre difficilement saisissable, qualifiée à sa création de reality show postcyberpunk, la polysémie semble inépuisable et la liberté d'interprétation, sans fin.»



    ÉLIZABETH PLOURDE
    EXTRAITS DE LA PRÉFACE
    «HELTER SKELTER OU LE PORTRAIT EXPÉRIMENTAL D'UNE AMÉRIQUE CAUCHEMARDESQUE»

  • Un village côtier du golfe du Mexique où les « défunts créoles » partagent la scène avec des
    macaques errants, dans l'esprit des Mardis gras de l'arrière-pays cajun. C'est là qu'Erik
    Charpentier, de son propre aveu, « agite les molécules dans l'air ». Ainsi Classie, éternel
    voyageur qui a une huître à la place du coeur, annonce : « Les étoiles sont toujours très lentes, aussi lentes que la lumière de ma peine. Mais je peux voir le jour qui point à l'horizon. Quand l'interprète nous a laissés dans le lobby, Kina et moi, il s'est retourné vers nous une dernière fois pour nous dire que quand la nuit va finir dans le jour, le ciel sera bleu d'émotions. Je me sers souvent de cette phrase quand je sens le besoin de dire quelque chose qui semble être important. »

  • Durant trois ans, Evelyne de la Chenelière a écrit sur un mur d'Espace GO, construisant de jour en jour la résidence artistique qui allait ébranler profondément sa pratique. Elle raconte ce parcours de création dans l'essai Errance et tremblements.

    La pièce La vie utile est issue de cette résidence. Jeanne s'affaire dans son appartement quand un homme apparaît : c'est la Mort. En même temps, Jeanne enfant fait une chute mortelle à cheval. On ne sait pas quelle Jeanne rêve de l'autre, laquelle meurt vraiment. En même temps, devant l'agonie de son père, Jeanne enfant décide de ne pas croire en Dieu. En même temps, lors d'une promenade en forêt, la mère de Jeanne lui enseigne maladroitement les grands principes de l'existence. En même temps, les mots tombent, tels des flocons de neige, en désordre.

    La vie utile allie la reconstitution anarchique du passé à la fabrication d'un avenir incertain, temps superposés comme les différentes couches du mur d'écriture de l'artiste. Une oeuvre palimpseste où la mémoire devient spectacle.

  • Le Québec est en voie de se doter de sa propre constitution. L'initiative de Christian Lapointe, orchestrée par l'Institut du Nouveau Monde, a reçu l'appui d'une dizaine de compagnies théâtrales disséminées sur le territoire québécois.

    Pendant un an, une assemblée de 41 citoyennes et citoyens au profil représentatif de la société a oeuvré à rédiger cet ensemble de règles du vivre-ensemble. Exercice non partisan, hors du dilemme fédéraliste/indépendantiste, la démarche repose sur le principe de la souveraineté populaire.

    Sur scène, Christian Lapointe témoigne de l'aventure qui a mené à l'écriture de la constitution, déposée à l'Assemblée nationale en mai 2019. Il convoque le public à se joindre à cette grande conversation collective et à explorer les liens entre art et politique. Le conseiller innu Alexandre Bacon clôt la pièce en soulevant les principaux enjeux du projet pour les peuples autochtones. Constituons! réunit la constitution ainsi que le texte de ce spectacle qui restitue au théâtre sa fonction d'agora.

  • Émilie a un barrage dans la gorge, un cimetière d'ossements d'arbres (okinum). Un castor géant lui apparaît en songe : c'est un guide offrant sa médecine. Comment dire « aide-moi à me guérir » en anishnaabemowin?

    Au centre d'une scénographie envoûtante, la jeune femme cherche à déchiffrer le message du castor. En remontant le courant de son ADN, elle fait émerger les voix et les savoirs enfouis à même son corps. Les rêves sont le langage qui permet de communiquer avec les ancêtres, qui affine l'intuition.

    Expérience immersive en trois langues, Okinum invite au théâtre un pouvoir cérémoniel. Émilie Monnet s'élève au-dessus du barrage pour célébrer ses ancêtres et la force du rêve qui l'habite. C'est par la mémoire que passe la guérison.

    Le texte est suivi d'une courte postface dans laquelle l'écrivaine et chercheuse Marie-Hélène Constant, en évoquant son expérience comme lectrice et enseignante non autochtone, engage un dialogue avec cette pièce où « s'érige la vie fragile et forte ».

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