• La perte de la langue unique est-elle vraiment un drame ? À lire les travaux de nombreux critiques, exégètes ou philosophes contemporains, on pourrait en douter. Si l'image de la tour inachevée évoque encore pour certains un champ de ruines, l'univers babélien qui est le nôtre, celui du multiple, tend souvent désormais à être considéré comme une bienheureuse nécessité - un ordre, au sens le plus noble du terme. La littérature moderne a joué un rôle crucial dans cette volonté d'en finir avec une image négative de Babel. Mais en reprenant ce vieux mythe biblique, des écrivains comme Kafka, Dos Passos, Borges, Pierre Emmanuel ou Paul Auster ne se sont pas contentés d'ouvrir la voie à un renversement axiologique : ils ont subtilement mis au jour le substrat politique, éthique et philosophique du récit, et souligné, en particulier, les enjeux herméneutique et téléologique qui lui sont attachés. Ordre et chaos n'existent qu'à la faveur d'un sens et d'une finalité à l'aune desquels il est possible de les évaluer.

  • o 400 spécialistes de 40 pays
    o 2 500 pages
    o 700 entrées
    o 400 notices écrivains
    o 200 synthèses nations, régions, aires culturelles
    o 50 articles personnages et épisodes bibliques
    o 7 000 entrées d'index
    o 1 table scripturaire
    Sur les cinq continents, trois mille ans de dialogue entre les littératures du monde et le Livre des livres.

  • NOUS SOMMES PORTÉS à admirer les figures littéraires que la tradition nous a léguées. Dans un même temps, un mouvement de répulsion nous saisit lorsqu'on songe à la façon dont les politiques de tous bords ont pu utiliser certains grands récits mythiques. Mais peut-on raisonnablement croire en une continuité entre le texte littéraire, qui serait d'essence noble, et la vie politique, qui ferait un vil usage de ce précieux héritage ? La distinction n'est pas si tranchée, et c'est précisément cette ambivalence des oeuvres d'art - poèmes, romans, pièces de théâtre, opéras ou films - qui s'avère intéressante. Si les mythes, qui possèdent souvent une dimension religieuse ou sacrée à l'origine, mettent en lumière des enjeux philosophiques, éthiques et métaphysiques, ils sont aussi porteurs d'une réflexion d'ordre politique. Cet ouvrage explore les arcanes de ces lectures politiques des mythes littéraires, peu étudiées jusqu'à présent, en privilégiant une période particulièrement mouvementée : le XXe siècle. La Révolution russe, l'éclatement de l'Europe en 1918, la naissance de « l'Empire américain », la montée des totalitarismes, la Shoah, Hiroshima, la décolonisation ou la guerre froide sont autant de douloureuses remises en question dont on trouve l'écho dans des oeuvres qui font appel à de grandes figures mythiques « revisitées ».

empty