• Papa n'achète pas trop surtout pas d'emballages ou d'objets qu'il faudrait conserver, ces objets sont tous en vente libre. Du raisin par exemple achète du raisin c'est bien. Des tomates. Des plats cuisinés sans vaisselle. Oui. Eugen se redresse son attention attirée. Le vent a soulevé un vide. Un sac de plastique rosé, transparent, fripé. Il danse. S'envole, se tortille, plane, pavane, virevolte. Eugen ne le quitte pas des yeux, ébloui. Il le savait. Maman aussi. Ils le savent bien que chaque objet est magie.


    Eugen conserve accumule entasse des objets - tout : il ne jette rien. D'ailleurs, pourquoi faudrait-il jeter les objets ? Les objets sont magie. La question serait plutôt de savoir comment les ranger. Et Eugen qui garde tout peut-il seulement se ménager un espace vital ? Perrine Le Querrec remplit de mots le livre, casse les codes de la syntaxe, disloque les phrases pour mieux les plier à l'espace contraint de la page blanche, et crée une grammaire nouvelle qui bat la démesure d'une pensée compulsionnelle. Un roman forcément inclassable.

  • Un village depuis toujours isolé. Trois enfants soudain confrontées à des apparitions. Un phénomène qui bouleverse aussi bien le village, jusqu'alors totalement ignoré du reste du monde, que les enfants elles- mêmes : corps à la renverse, marches extatiques, chutes, visions, nouveau langage. Comment l'écrire, quel vocabulaire inventer ?
    Par l'entremise de L'Apparition, Perrine Le Querrec façonne la langue, pétrit, dévoile, construit un mythe, s'adresse au monde d'aujourd'hui, révèle la violence latente en toute société.

  • Jeanne L'Etang

    Perrine Le Querrec

    Jeanne L'Étang naît à Paris en 1856.
    Bâtarde, fille de folle, elle passe les premières années de sa vie enfermée dans l'étroit comble d'une maison parisienne.
    Lorsqu'elle s'en échappe, c'est pour être enfermée ailleurs : la maison des folles -la Salpêtrière-, puis la maison close.
    Ces trois maisons délimitent le destin de Jeanne L'Étang : à travers les murs lui parviennent l'agitation parisienne, la guerre de 1870, la Commune, les grands travaux d'Haussmann.
    À l'intérieur des murs, elle rencontrera Degas, l'un de ses amants au bordel, Charcot, maître des hystériques de la Salpêtrière, Freud, son assistant pour quelques mois.
    Folie et luxure, misère et vices, chaque maison possède ses propres codes, son vocabulaire, ses silences, ses issues.
    Mot à mot, année après année, Jeanne L'Etang apprendra à parler ces langues.
    Si Jeanne L'Étang est une fiction, une architecture de mots qui élève autour de son héroïne des murs d'enceinte ou de protection, l'auteur s'est immergée dans les archives de l'Assistance Publique, de la Bibliothèque Universitaire Pierre et Marie Curie et de la bibliothèque Historique de la Ville de Paris afin de retranscrire au plus près la vie quotidienne de la maison close et de la Salpêtrière.

  • J'ai pas besoin d'une nouvelle robe. J'ai besoin qu'on m'aime, mais elle sait pas ce que ça veut dire. Je voudrais qu'elle me prépare un chocolat chaud. Qu'elle s'assoie sur le tapis de ma chambre et joue avec moi. Qu'elle ouvre un livre, me prenne sur ses genoux et me lise une histoire. Qu'elle m'embrasse avant la nuit. Qu'elle me chante des chansons. Qu'on coure ensemble dans un champ de fleurs. Qu'on aille à la piscine. Qu'elle m'apprenne à faire des gâteaux. Qu'on invite la copine que je n'ai pas à dormir à la maison. Qu'on prépare un panier de pique-nique.


    Perrine Le Querrec fouille l'enfance au plus intime pour en arracher ses dérives, ses tourments, ses chimères. La langue, affûtée, griffe les mots jusqu'au sens, et met à nu sans ménagement l'extrême solitude de ces Têtes blondes.

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