• « Je me suis rappelé le jour où nous avions dîné tous ensemble et où mon père avait allumé son cigare à la fin du repas. Ma mère nous a rejoints au salon et a pensé à haute voix : « On est là tous les quatre... les choses qu'on a vécues... » Silencieux, le regard perdu, tous deux souriaient à demi. Oui, la famille avait survécu. »
     
    C'était avant Bardot et les starlettes, avant que Spielberg, Coppola ou Jarmusch ne débarquent sur la Croisette, avant les batailles pour la palme et les très riches heures du Festival de Cannes.
     
    C'était à la fin du XIXème siècle, dans une ferme en Lorraine. Un certain Auguste Jacob, mon grand-père, décidait de monter à Paris. Ainsi commençait l'histoire des miens - mon histoire. Avec ses heures de gloire -mon père André, héros de la Première guerre ; le cousin François, Compagnon de la Libération et prix Nobel- et ses heures sombres -l'Occupation, l'exode, un dramatique secret.
     
      En racontant l'ascension d'un modeste paysan qui aura fondé, contre vents et marées, guerres et déportation, une dynastie, j'ai voulu raconter un peu plus qu'une affaire de famille. Une histoire française prise dans la tourmente du siècle et les tourments intimes.
      G.J

  • Lucien Fabas est envoyé en reportage en 1952 sur le tournage de Mogambo, au Kenya, où il côtoie John Ford, Clark Gable, Ava Gardner et Grace Kelly.
    C'est là qu'il rencontre pour la première fois la soeur d'Ava, Béatrice, dite « Bappie » : naissance d'une passion qui, en marge de la vie officielle de chacun, durera jusqu'à leur dernier souffle.
    C'est par les yeux de Lucien, nommé secrétaire général du Festival de Cannes en 1954, que le lecteur va vivre de l'intérieur l'épopée de la Croisette, de la séduction d' Hollywood pour lever le boycott des Américains jusqu'au  Londres des années 70, en passant par  la révolte des jeunes cinéastes menée en 1968 par Truffaut et Godard. On croise Louis Malle, Lelouch, Polanski, Welles, Fritz Lang, Fellini...  On chasse dans le monde entier les films et les stars pour nourrir cette immense fabrique à rêves condamnés à se consumer en cendres.
    Quand un amour éternel croise la mythologie du festival de Cannes pour composer le grand roman de la nostalgie...
     

  • C'est l'histoire vraie d'une star tombée dans l'oubli. Un comédien qui fut aussi renommé que Charlie Chaplin ou Rudolf Valentino, un personnage de légende qui n'occupe plus aujourd'hui que quelques lignes dans les histoires du cinéma.
    Et pourtant, quelle vie que la sienne! Né au Japon en 1889, parti très jeune pour l'Amérique, Sessue Hayakawa devient, dès les années 1910, au temps du muet, la première grande star d'origine asiatique de Hollywood. Et l'un de ses plus grands séducteurs. Son charisme, son charme, son regard ont fait fondre de nombreuses comédiennes, provoquant auprès de ses admiratrices des scènes d'hystérie.
    C'est l'histoire d'un des derniers nababs du cinéma, dont les réceptions fabuleuses dans son château californien firent la une des journaux de l'époque. Jusqu'au jour où le racisme anti-japonais provoque la chute de l'idole et une vertigineuse fuite en avant. Il devient l'homme de tous les voyages et de tous les dangers, des succès tonitruants et des échecs cuisants. L'opium, le jeu, les tentatives d'assassinats, les années folles, la résistance pendant la Seconde guerre mondiale, sans oublier le tournage du mythique Pont de la rivière Kwai, le film aux 7 Oscars, qui fera à nouveau de lui une vedette planétaire en 1957.
    Un destin aussi extraordinaire ne pouvait connaître qu'une fin sublime, digne d'un film de Kurosawa : qui eut dit qu'après toutes ces péripéties, cette fougue, cette fureur, Sessue Hayakawa se retirerait à 72 ans dans un monastère bouddhiste, très loin des lumières de Hollywood, parmi les statues de pierre et les moines du silence et de la paix?

  • Le temps d'un livre, j'ai ranimé le passé présumé disparu. En chemin, j'ai noté que fouiller sa mémoire n'est pas une pêche miraculeuse où tous les lancers seraient fructueux. Mais la patience m'a permis de ferrer quelques espèces rares : un oiseau au Fouquet's, la guenon de Michel Simon, les minets de Dutronc, une sole pour Jean-Paul Sartre... Comment associer la plus belle fille du monde et les cauchemars d'Alfred Hitchcock, une surprise-partie chez Chabrol et l'ouvreuse d'Edward Hopper, la glace à la vanille de Marlon Brando et les cuisses de la Mangano ? Tous ces petits riens qu'un diable facétieux a semés dans ma vie ?
    Se glissant dans le cadre imaginé par Georges Perec, ces évocations s'étalent sur un demi-siècle, des années 40 à aujourd'hui ; elles débordent même ce cadre et s'aventurent dans un futur pas si rêvé. Si ce retour à la vie d'instants, de buzz, d'actualités, de gens célèbres ou non, de chansons, de livres et de films, intéresse ou amuse le lecteur, s'il en reconnaît certains ou les croise avec les siens, j'aurai atteint mon but.


    Portrait de Gilles Jacob par Philippe Matsas © Flammarion

  • Michel Piccoli, acteur mythique du cinéma français, figure charismatique et mystérieuse, est au coeur de films inoubliables comme Le Mépris de Jean-Luc Godard, La Grande Bouffe de Marco Ferreri, ou encore Max et les ferrailleurs de Claude Sautet, pour n'en citer que trois parmi plus de 200. Véritable lieu de mémoire du cinéma, il se retourne aujourd'hui sur ses propres souvenirs et considère avec une profonde lucidité ce qui l'a construit, le temps qui passe et ce qui reste d'un parcours exceptionnel. Habité, personnel, intense, ce récit évoque l'enfance, l'apprentissage du théâtre, des souvenirs de cinéastes et de ses plus grands films, ses réflexions sur le métier de l'acteur, la mélancolie... S'adressant à son grand ami et complice Gilles Jacob, Michel Piccoli se livre pour la première fois en toute liberté, sans complaisance et avec franchise.
     
    « Parvenir à étonner les gens par mon travail sans prétention, avec simplicité, aura été mon idéal.  Je suis un éternel enfant, heureux de raconter une histoire. Donner à vivre un texte provoque en moi un plaisir inouï, et j'ai toujours été émerveillé de vivre ce métier extravagant. Faire l'acteur est  tellement étrange !  D'abord il faut beaucoup travailler, ensuite il faut se mettre à jouer et que cela ne soit plus vécu comme un travail. »

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