Langue française

  • "Pourquoi elle ?
    Pourquoi une biographie de Jacqueline de Ribes ?
    Je ne m'étais intéressée jusque-là qu'à des vies dont l'art était le coeur battant. Des vies dont l'essentiel fut de peindre, écrire ou sculpter.
    C'est sa propre vie qui est l'oeuvre de Jacqueline de Ribes. Une vie qu'elle a magnifiée, sublimée, mais qui garde à mes yeux sa part de mystère.
    Quelle femme et quels secrets se cachent derrière la légende de papier glacé ?
    Figure de la jet-set des années soixante. L'un des "Cygnes" préférés de Truman Capote et de Richard Avedon. Amie d'Yves Saint Laurent et de Luchino Visconti. Elle est devenue une icône du style et un symbole de l'élégance française. Une reconnaissance mondiale illustrée, en 2015, par une magistrale exposition au Metropolitan Museum de New York. Son visage a été projeté en pleine lumière sur l'Empire State Building.
    Ce destin, qui voit s'achever l'ancien monde et apparaître de nouveaux codes, des innovations stupéfiantes, j'ai tenté d'en déchiffrer l'énigme."
    D. B.

  • Mes vies secrètes

    Dominique Bona

    'Écoutez-moi bien. Il ne faut pas rester assise au balcon. Il faut participer ! Il faut vivre !'

    Romancière et biographe passionnée, Dominique Bona dévoile avec tendresse et humour les personnages de sa famille imaginaire : Romain Gary, Berthe Morisot, Gala Dalí, Stefan Zweig, Camille Claudel, Colette...
    Elle raconte la part cachée de ses livres, les enquêtes pleines de risques et d'embûches, les coups de foudre, les hasards et les désillusions qui ont fait de chacun d'eux une histoire intime et fascinante.

  • Août 1914, il n'y a plus d'hommes à Paris. Les femmes s'organisent. Dans une jolie maison, à l'orée du bois de Boulogne, Colette, la romancière, la journaliste célèbre, fait venir ses amies les plus proches. Toutes appartiennent au monde de la littérature et du spectacle. Il y a Marguerite Moreno, la comédienne. Annie de Pène, la chroniqueuse et « presque soeur ». Musidora dite Musi, bientôt la première vamp du cinéma...
    Ces quatre femmes libres s'inventent une vie tendre, pleine de rêves et de douceur : les cheveux courts et sans corsets, elles n'oublient pas le ciel de Paris où passent les dirigeables, ni leur travail, ni les hommes. Elles vont vers l'être aimé, quel qu'il soit. Au coeur de l'histoire, sanglante et sauvage, elles affirment leur personnalité, leur tendresse et leur insoumission.
    Avec sensualité et talent, Dominique Bona raconte les passions de ces femmes libres, qui resteront amies jusqu'à la mort.
     

  • La première grande biographie de Romain Gary éclaire les mille facettes d'un personnage énigmatique qui fut l'auteur d'une des plus belles mystifications littéraires de tous les temps : Émile Ajar.
    L'enfant juif, pauvre, né à Moscou en 1914 ; l'adolescent ambitieux qui se fait connaître de Kessel et de Malraux ; le soldat de De Gaulle, aviateur dans les Forces Françaises libres ; le diplomate qui sillonne l'Europe avant de conquérir l'Amérique ; le Consul Général de France à Los Angeles ; le mari de l'actrice Jean Seberg ; enfin l'écrivain
    couronné, deux fois prix Goncourt, qui demeure pourtant obsédé par la recherche lancinante d'un dépassement de soi-même. C'est à travers ces tableaux successifs et contrastés de l'homme que Dominique Bona - au terme d'une enquête de quatre années - a cherché la vérité de Romain Gary.
    Dans le récit tumultueux d'une vie largement ouverte sur le monde se précise le portrait d'un homme libre, écrivain dont l'oeuvre romanesque puissante et tourmentée mérite de figurer parmi les grands monuments du siècle.

  • Camille, le sculpteur, Paul l'écrivain : pour la première fois, une biographie réunit les destins passionnés des Claudel, frère et soeur. Nés dans une province paysanne et rude, aux marches de la Champagne ; grandis près de l'église et du cimetière de leur village ; ils ont eu la même enfance, tourmentée et sauvage. Leurs vocations s'éveillent ensemble. Elle les rapproche et les unit. Paul aime les mots ; Camille, la terre. Ils veulent fuir la réalité morne du quotidien et s'enivrer d'ailleurs. Pour Camille, la rencontre à Paris avec Rodin - son aîné de vingt quatre ans - confirme son talent, épanouit sa vie de femme, avant de virer à l'affrontement puis au cauchemar. Les sculptures rythment cette histoire d'amour, sensuelle et tragique, que réprouve sa famille. Une femme artiste, célibataire, amoureuse d'un homme qui refuse de l'épouser : la réputation d'un clan est en jeu. Pour Paul, consul puis ambassadeur de France, des voyages innombrables l'amènent loin de sa soeur, en Chine, au Brésil, au Japon. Une femme mariée connue sur un paquebot restera un éternel amour. Vies ardentes. Tempéraments de feu. Portrait de deux caractères rebelles à tout autre idéal que celui que leur dicte leur coeur. Ce livre suit pas à pas leur création, les fièvres de leur parcours, complice et souvent en fusion. Les divers exils de Paul. La « folie » de Camille, rendue irréversible par les incompréhensions d'une mère intransigeante. Mais aussi par tout une époque pour laquelle la maladie mentale est forcément honteuse. Inéluctablement, le frère et la soeur s'éloignent, sans cesser de s'aimer. L'un, ambassadeur et poète reconnu, est un homme qu'on voit souffir, toujours épris d'absolu. L'autre passera 30 ans dans un bloc psychiatrique.

  • Tout le monde connaît les soeurs Rouart... sans pourtant les connaître : peintes par Renoir, au piano, elles sont aussi mythiques que les Danseuses de Degas ou les Tournesols de Van Gogh. Leurs visages sont des icônes de l'Impressionnisme.
    Filles du peintre et collectionneur Henry Lerolle, les belles Yvonne et Christine ont grandi au milieu d'artistes de génie. Renoir, Degas, mais aussi Debussy, Ernest Chausson, ou encore Claudel, Gide et Mallarmé étaient des familiers, toujours enclins à peindre ces deux jeunes filles modèles, à les photographier, à jouer du piano avec elles.
    C'est Degas, le peintre préféré de leur père, qui a l'idée de les marier aux frères Eugène et Louis Rouart, les fils de son ami, le collectionneur Henri Rouart.
    Issues d'un milieu libéral, elles allaient se heurter au caractère impétueux et sombres des deux énergumènes, pourtant venus comme elles d'une famille éprise d'art, jusqu'à la folie.
    Elles avaient tout pour être heureuses... L'amour sera leur grande blessure. Leurs mariages, par des chemins détournés, les conduiront de l'insouciance au désenchantement. Jusqu'à la tragédie.
    Derrière les lourds rideaux de ces hôtels particuliers fréquentés par tant d'artistes exceptionnels, ou dans les ateliers des peintres, c'est tout un univers qui renaît avec ses passions et des drames, ses secrets et ses ombres. Ce monde, Dominique Bona le fait revivre dans cette biographie foisonnante, à travers l'aventure de deux soeurs au destin brisé.

  • « Il y a un mystère Zweig : j'ai écrit ce livre pour tenter de le percer. Comment un écrivain aussi secret et discret a-t-il été capable d'allumer un feu chez ses créatures romanesques et de le faire partager à ses lecteurs ? Ce sont les origines de ce feu que j'ai cherché à découvrir à travers les péripéties de sa vie. Je suis allée à Vienne et à Salzbourg, dans cette Autriche finissante avec laquelle Zweig a entretenu des rapports si complexes d'amour-haine, puisque ce pays a été sa véritable patrie et la source de tant de souffrances. Je suis allée au Brésil, à Petropolis, haut lieu de son suicide et de son désespoir. Homme de passion, sous son élégance MittelEuropa, c'est un écrivain qui se livre difficilement. Il faut partir à sa recherche, décrypter ses amours et ses amitiés. Ce parfait homme de lettres en apparence est un artiste qu'attire la foudre - les folies d'Amok ou les tabous de la vie des femmes, que celles-ci osent à peine s'avouer à elles-mêmes, leurs voluptés secrètes. Ami de Romain Rolland, d'Emile Verhaeren, de Thomas Mann, de Joseph Roth, tous grands Européens qui croyaient comme lui à la paix, à l'amitié, dans un monde ouvert et concilié, cet écrivain raffiné, choyé par les élites, aurait pu demeurer comme l'archétype d'une civilisation disparue. Son prodige est d'avoir réussi à conquérir aujourd'hui un si vaste public. Loin de rejoindre dans les bibliothèques les auteurs à demi oubliés de son temps, Zweig rayonne. Il continue de séduire. On aime son style, rapide et sûr. Sa compassion, inégalable. Sa sensibilité d'écorché vif. Peut-être aussi les lueurs sombres, les fumées délétères de son oeuvre, qui correspondent si bien à nos angoisses, à nos tourments contemporains. Zweig était lui-même biographe : auteur de livres qui sont des modèles du genre, Marie Stuart ou Marie-Antoinette. C'était pour moi une dette d'écrire à mon tour sa biographie : tenter de rendre vivant cet homme de passion dans une biographie passionnée. »

  • Février 1938, 11 rue de l'Assomption, Paris : devant la grille d'une maison cachée dans un jardin, un homme vieillissant s'apprête à rendre les armes. A soixante-six ans, écrivain et poète légendaire, professeur au Collège de France, père de famille et mari aimant, il est le grand personnage de la Troisième République. Pourtant, c'est un homme sans défense qui s'engage dans une bataille qu'il s'était juré de ne plus livrer : celle du coeur. Paul Valéry est amoureux, et Jeanne Voilier la plus terrible des guerrières.
    Avocate, éditrice, divorcée et libre de moeurs, courtisée par les plus grands, elle a pris sa revanche sur ses origines lorsqu'elle rencontre Paul Valéry. Lui aussi a connu d'autres femmes, mais jamais il n'a laissé l'amour briser la forteresse de son esprit ou nuire à sa famille et à son écriture. Le corps sculptural de Jeanne, son sourire, son charme mystérieux auront raison de lui : la passion va le submerger. C'est l'histoire d'un amour brûlant que nous raconte Dominique Bona. Biographie d'un couple hors du commun, talentueux, tendre, cruel, traversé par la littérature et par la grande histoire...

  • «  Berthe Morisot est au coeur - sinon le coeur - de la grande aventure impressionniste. Ni grâce ni muse, mais peintre à part entière dans un univers d'hommes qui admirent son pinceau, sa palette - autant que ses yeux noirs -, elle figure parmi les artistes les plus audacieux de son époque.
     
    Degas, Monet, Renoir furent ses amis et la tenaient en haute estime. Manet l'a peinte inlassablement, elle porte son nom pour l'état-civil. Provocation...  ? C'est un monde sans sexe et sans violence que j'ai choisi de peindre à travers ce portrait d'une femme - résolument pudique, secrète, étrangère à toute forme d'exhibitionnisme, et pourtant passionnée, ardente, dont toute la vie est habitée par les démons du désir et du rêve.  »D. B.

  • Trois femmes superbes et capricieuses face à un écrivain célèbre. Trois destins dont il reste une correspondance totalement inédite, ici dévoilée, qui court sur un demi-siècle, un paquet de lettres et de notes où elles ont jeté en vrac leurs espoirs et leurs promesses, leurs mensonges et leurs attraits. L'homme, c'est Emile Herzog, plus connu sous le nom d'André Maurois (1885-1967), qui fut une gloire en France et à l'étranger, et dont on découvre sous l'habit d'académicien le visage caché du séducteur, de l'amant qui souffre, qui fait souffrir, qui s'enflamme, et puise non sans perversité la matière de ses livres dans cette acrobatie amoureuse. Et les femmes ? Les voici :
    C'est à Genève, en 1909, que l'héritier d'une usine de textiles, élevé avec rigueur, rencontre Janine de Szymkiewicz, tout son contraire. Elle a 17 ans, c'est la fille aux cheveux blonds d'un comte polonais mort de phtisie, et d'une mère bohème et volage, catholique et coûteuse. Il faut beaucoup de patience à Emile, bourgeois et juif laïc, pour convaincre les deux familles de consentir au mariage. Ce visage d'ange, ce corps qui réclame les soins et les fourrures les plus chères, cette épouse slave, il l'aimera follement. La preuve ? Ces lettres tendres, mutines, protectrices. Il les envoie de partout, des usines d'Elbeuf à la ligne de front de la première guerre, parmi les blessés, lui dissimulant une boucherie qu'elle peine à imaginer, et brimant gentiment ses demandes d'argent, de fleurs, de chapeaux. « Quand serai-je sage ? » dit-elle, dansant à Deauville, et peut-être davantage, dans les bras de dandys américains. Ils auront trois enfants, dont deux garçons qui ne sont peut-être pas de lui... Neurasthénique, elle meurt à l'âge de 31 ans, des suites d'un avortement. Emile est devenu André Maurois après avoir publié Les Silences du colonel Bramble. Inconsolable ? Pour combien de temps ?
    Paris, 1924. Issue d'un milieu proustien, petite-fille de la muse d'Anatole France et fille du dramaturge Gaston de Caillavet, snob et anorexique, brune élancée, Simone de Caillavet sera « l'infirmière du coeur » d'André Maurois. C'est bientôt un couple à la mode, de toutes les fêtes. Elle est la dactylographe dans l'ombre, la confidente, la conseillère, parfois la victime. Ses liens avec l'Académie faciliteront l'élection de l'ambitieux Maurois en 1936, grâce à l'appui d'un certain Maréchal Pétain ! Ce que les gaullistes n'oublieront pas. Simone écrit beaucoup, lettres et poèmes. Elle se sait moins aimée, adulée, que ne le fut Janine. Jusqu'à leur exil aux Etats-Unis, pendant qu'en France on craint pour la survie de la famille Maurois, elle ne cesse de se battre contre les « sirènes ».
    Lima, 1947. C'est à « la voix même de l'Amour », au corps sensuel et troublant d'une admiratrice, qu'André Maurois va s'abandonner, s'affichant avec elle lors d'une tournée de conférences en Amérique du Sud. 20 jours et 54 lettres : cela suffit à l'entêtante présence de Maria de Las Dolorès Garcia, la péruvienne, pour captiver un homme qu'affole sa beauté, et qu'il chante dans des lettres et poèmes presque naïfs. Simone veille, souffre, et dompte ce Don Juanisme. Elle retournera cet embrasement final à son profit - alors qu'André Maurois en fera encore un autre livre. Maurois a-t-il été fidèle à une seule femme ? Ou à une image idéale ? N'y aurait-il qu'un seul amour ?

  • Les yeux noirs, ce sont ceux de trois soeurs, Hélène, Marie et Louise, les filles du poète José-Maria de Heredia. D'origine cubaine, légères, impertinentes et volupteuses, elles promènent leur charme sur la fin du XIXe et la moitié du XXè siècle, au milieu d'une société étonnament brillante d'écrivains et de poètes, de Marcel Proust à Pierre Louÿs, d'Henry de Régnier à Paul Valérie.
    La grande affaire de leur vie, c'est l'amour. Leur beauté rend fous les hommes célèbres qui les entourent. Elles n'aiment pas beaucoup le monde réel et sa banalité mais possèdent des dons très grands pour le rêve et les voyages en chambre. De fantaisies érotiques en scandales mondains, elles agissent derrière le paravent des usages avec une liberté surprenante pour leur époque. Avec entêtement, chacune à sa manière cherche son épanouissement entre les exigences d'une société austère et guindée et un goût frénétique pour le bonheur.
    Cette biographie de trois soeurs est un tableau de moeurs artistiques et littéraires. C'est aussi un authentique roman d'amour.
    Dominique Bona, agrégée de lettres, écrivain et critique littéraire, a publié notamment : Romain Gary (Grand Prix de la biographie de l'Académie française, 1987) et Le Manuscrit de Port-Ebène (Prix Renaudot, 1998).

  • Saint-Domingue, au dix-huitième siècle, la plus belle colonie du Roi de France. La jeune femme d'un planteur de canne à sucre, d'abord effrayée par l'île opulente, se laisse peu à peu envoûter : les chevauchées à cru sur la plage, les peaux noires et nues, le tambour de la nuit africaine qui monte avec les ombres. Une nuit tropicale et dangereuse, une nuit vaudoue. La dame de Saint-Domingue va risquer sa vie et l'honneur des siens, alors que l'île s'affranchit de l'esclavage, dans la passion. Elle laisse en héritage le manuscrit de Port-Ebène.
    De nos jours, au mas de Maguelonne, l'éditeur Jean Camus lit dans la hâte le récit de la dame d'autrefois. De sa voix si claire, cette femme possédée révèle ses amours interdites. Le sang qui baigna l'île, alors, fut-il seulement celui de la Révolution française ? Le manuscrit retrouvé est-il exorcisme ou confession ?
    Dominique Bona a écrit un roman voluptueux et magique où passe comme en rêve toute histoire de Saint-Domingue, Haïti aujourd'hui : planteurs despotes, esclaves en fureur, docteurs-feuille jeteurs de sort, métis préparant le renversement de la colonie, traîtresses et innocents. Une fresque noir ébène et rouge sang d'où se détache le visage d'une femme libre d'aimer.
    Dominique Bona a publié plusieurs romans et biographies parmi lesquels les Yeux noirs (1989), Malika (Prix Interallié 1992) et, dernièrement, Stefan Zweig, l'ami blessé (1996).

  • « Du balcon, elle regardait le palmier et au loin, l'ombre violette des dunes. Tout autour, invisible dans la nuit, s'étendait la ville morte. Pas un bruit ne montait vers elle, pas un frisson de vent. »
    Sarah, une femme désormais sans attaches sentimentales, parvenue à un tournant de sa vie, se calfeutre dans une villa de la Belle Epoque, sur les hauteurs d'Arcachon. Décor mauresque, moiteur de serre, jardin tropical. Sarah aimerait connaître les passions et les fièvres que le présent ne lui a pas toujours offertes. Elle flotte dans ce paysage délavé de gris sans savoir à quoi s'employer. La maison, musée et boudoir, la fascine peu à peu. Quel mystère hante encore la villa Teresa ? D'où sortent les fantômes d'une présence féminine toujours palpable ? Qui était le baron Ifla Horus à qui appartenait la villa ? Dans « cet univers à la fois arrogant, désuet et secret » d'une ville balnéaire où les malades de la tuberculose venaient jadis chercher une guérison impossible, la belle oisive va basculer dans le passé. En effet, c'est à la faveur d'une rencontre avec un étrange notable, pharmacien mais bibliophile à ses heures, qu'elle croise la biographie de Gabriele d'Annunzio, jouisseur tout autant que poète, mais aussi une femme russe, dont chacun autour d'elle semble porter le deuil. Du présent où l'attend peut-être un dernier amour et du passé où les maîtresses de d'Annunzio réclament leur plaisir, qui va triompher ?
    Dominique Bona a écrit ici un voyage vers le jadis, s'inspirant des touffeurs et des charmes d'une Ville d'Hiver, encerclée par la maladie comme par les fantômes, plus vivants que les promeneurs d'aujourd'hui.


  • Lorsque Clara Goldschmidt, née en 1897 à Paris, rencontre André Malraux, elle a 24 ans, une enfance heureuse à Auteuil, de l'argent, une famille juive-allemande cultivée, cosmopolite. Lui a 19 ans, une famille dont il ne dit rien, une allure de « petit rapace hérissé à l'oeil magnifique » selon Mauriac, il a tout lu et peu vécu. Le nouveau livre de Dominique Bona raconte la vie passionnée et tumultueuse d'une femme, dans le miroir d'une grande histoire d'amour. Quand Clara dit longtemps « Nous », André Malraux lui répond surtout « Je ». Ils furent deux, en effet, au Cambodge et à Angkor lorsque le futur auteur de La voie royale, mué en voleur de statues khmères, écope de trois mois de prison ferme et que Clara bataille à ses côtés pour obtenir sa libération. Deux en Afghanistan, en Iran, au Cachemire, au Japon, à New York, partout où ce couple indissociable dirige ses pas ; puis trois à la naissance de Florence Malraux, juste avant le prix Goncourt obtenu en 1933 pour La Condition humaine. Deux aussi dans les engagements politiques de l'avant-guerre, en URSS, en Espagne où Clara aide Malraux à relever le magnifique défi de l'escadrille Espana. Viennent les dissensions et la solitude, et la souffrance pour une femme courageuse qui pourrait confesser, telle l'héroïne de son roman Grisélidis : « Vous n'avez pas le droit de m'abandonner puisque vous êtes irremplaçable ». En 1937, Malraux et Clara divergent politiquement, et au privé l'écrivain tombe amoureux de la belle Josette Clotis. Résistante dès 1941, fidèle d'un cercle d'intellectuels parmi lesquels Edgar Morin ou François Fejt, Clara traverse difficilement la guerre en juive clandestine, sa fille au plus près d'elle, alors que Malraux observe les choses à distance, avant de faire sa métamorphose sous les traits gaullistes du colonel Berger. Le couple divorce en 1947. Elle, révoltée, généreuse, militante, prête à tous les combats, dont celui de la guerre d'Algérie. Lui, ministre de De Gaulle, chargé des affaires culturelles en 1958, inquiétante figure repliée dans les songes de grandeur, écoutant Les Voix du silence plutôt que les cris des torturés d'Alger. Clara, découvrant la civilisation du Kibboutz, retrouve ses racines en Israël. André, crépusculaire, chez Louise de Vilmorin, devient le seigneur de ces Chênes qu'on abat. Il meurt en 1976, elle en 1982, sans avoir jamais cessé de porter le nom de l'homme qu'elle a aimé « contre vents et marées ».

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