Les Belles Lettres éditions

  • Dans la chaleur torride d'un début d'été, la très belle Cécile, épouse d'un riche officier en retraite, rencontre l'ingénieur civil Gordon. C'est un coup de foudre. L'atmosphère dans les montagnes du Harz est idyllique mais l'issue tragique est inévitable. Rebelle à la misogynie qui habite les lettres française et allemande, Fontane fait de Cécile une victime de la société et des préjugés masculins. À l'arrière-plan du récit, mais pour mieux l'éclairer, Fontane nous livre un tableau politique, social et religieux d'une Allemagne bismarckienne encore dominée par une aristocratie qui répugne à abandonner ses privilèges.

  • La publication de ce texte, fruit de la découverte fortuite d'une copie authentique du manuscrit, date de 1910/1911 seulement. Il s'agit de la première mouture des Années d'apprentissage de Wilhelm Meister. Les similitudes (personnages, situations...) sont fortes entre les deux versions. Mais La Vocation est plus proche du monde du théâtre dont elle dessine un tableau coloré, évoquant le monde des actrices et des acteurs, ses intrigues, ses affaires parfois louches. Elle offre également un panorama des formes populaires que sont les spectacles de foire, les jeux de marionnettes, les improvisations. C'est un Goethe jeune qui s'exprime ici au moment où se constitue un répertoire national nourri de Shakespeare.
    On s'est interrogé sur les raisons pour lesquelles Goethe a interrompu prématurément son récit. C'est en fait l'enfermement du protagoniste dans l'imitation d'Hamlet, ce « procrastinateur mélancolique », et la confusion de la fiction et du réel qui rendent compte de l'inaboutissement d'un projet appelé à s'accomplir à la lumière d'une anthropologie renouvelée.

  • À travers les huit nouvelles publiées entre 1862 et 1881 et réunies dans ce volume, Storm apparaît comme le maître d'un genre narratif dans lequel l'Allemagne a affirmé sa suprématie. Organisé autour de motifs et d'intrigues d'une grande âpreté, l'univers stormien s'y révèle dans toute sa profondeur. Les personnages, ballottés au gré d'événements qu'ils ne maîtrisent pas, se heurtent aux préjugés, aux contraintes de la société, à des obstacles imprévus ou insidieux. La révolte toutefois n'est pas leur fait. Face à l'inexorable écoulement du temps, ils optent le plus souvent pour une résignation douce-amère. Plus que tout autre écrivain de son temps, Storm incarne très tôt l'« inquiétante étrangeté » (das Unheimliche) freudienne, consubstantielle à sa perception du monde.

  • À travers ses trois drames dont les sujets sont empruntés à l'histoire et à la mythologie grecques, Sappho (1818), La Toison d'or (1821) et Les Vagues de la mer et de l'amour (1831), Franz Grillparzer (1791-1872) s'inscrit dans la tradition de la grande tragédie allemande (Goethe et Schiller) dont il est sans doute l'ultime héritier. Revisitant l'Antiquité avec le regard nostalgique de celui qui se voit comme « le dernier des poètes dans une époque prosaïque », il brosse trois remarquables portraits d'héroïnes mythiques (Sappho, Médée, Héro) écartelées entre une vocation sacrée et un amour profane qui tout à la fois les arrache et les rend à elles-mêmes, mais au prix de la vie. Placée sous le double signe d'Éros et de Thanatos, cette expérience transgressive de la passion met à l'épreuve la relation de l'individu à l'autre, au monde et à soi. Franz Grillparzer, ce fils des Lumières profondément enraciné dans la culture classique et antique, explore les ressorts de cette crise d'identité avec une acuité psychologique et une sensibilité analytique qui, à maints égards, font de lui un des pionniers de la modernité viennoise.

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