Republique des Lettres

  • Poésies Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Stéphane Mallarmé. C'est sous le titre de "Poésies" que Mallarmé a préparé avant sa mort une édition de ses poèmes. Elle parut peu après, en 1899, chez l'éditeur belge Edmond Deman. Sa fille et son gendre ont ensuite complété l'oeuvre en ajoutant plusieurs inédits dans une nouvelle édition parue en 1913 aux éditions de la Nouvelle Revue Française. Le présent volume reprend le contenu des deux éditions. La date de composition des poèmes va de 1862 à 1898. La plupart ont été publiés à l'origine dans des revues littéraires ("Lutèce", "L'Artiste", "La Plume", "La Revue indépendante", "Le Parnasse contemporain", etc.), parfois en plaquettes, et ont souvent été remaniés à plusieurs reprises. Le recueil s'ouvre sur un "Salut", qui fait de l'aventure poétique une véritable odyssée. Il se ferme symboliquement sur "Mes bouquins refermés". Entre les deux, il organise une cinquantaine de textes autour des deux poèmes majeurs que sont "Hérodiade" et "L'Après-midi d'un faune". Ceux-ci occupent une position charnière entre les textes de jeunesse, plutôt d'inspiration baudelairienne, et ceux de la maturité purement mallarméenne. "Hérodiade", composé en 1865-66, marque une rénovation intellectuelle et esthétique radicale. C'est en creusant le vers d'"Hérodiade" que le poète découvre le néant au regard de quoi Dieu, l'âme et la poésie ne sont que mensonges. Prenant la suite, le monologue de "L'Après-midi d'un faune" présente lui l'envers lumineux de cette révélation à travers la figure du faune musicien devenu chantre de la fiction. Parmi les autres poèmes remarquables, citons notamment "Sainte", "Toast funèbre" (en hommage à Théophile Gautier), "Prose pour des Esseintes", la série des "Éventails", des "Petits airs", celle des "Tombeaux" (d'Edgar Poe, de Charles Baudelaire, de Paul Verlaine), ou encore celle des "Hommages" (à Richard Wagner, Puvis de Chavannes, Vasco de Gama). La poésie mallarméenne met en oeuvre une réflexion sur la poésie et l'écriture. Par la beauté d'un vers qui ne doit plus grand chose à l'éloquence ou au lyrisme romantique, par un art de la suggestion et de la transposition, par la densité d'une écriture qui vise à la rééducation de la lecture, les "Poésies" ont eu et ont toujours une influence décisive sur l'évolution de la poésie et ont fait de Stéphane Mallarmé un des pères de la modernité.

  • Arsène Lupin contre Herlock Sholmès Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Maurice Leblanc. Écrit à la suite d'"Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur", qui contient notamment la nouvelle "Herlock Sholmes arrive trop tard", "Arsène Lupin contre Herlock Sholmès" est un recueil de deux récits: "La Dame blonde" et "La Lampe juive". Le héros de Maurice Leblanc s'y trouve cette fois véritablement confronté au célèbre détective anglais Herlock Sholmes, venu à la rescousse de l'inspecteur Ganimard pour résoudre de nouveaux mystères et tenter de capturer l'insaisissable gentleman-cambrioleur. Entre intrigues et énigmes plus palpitantes les unes que les autres - Qui est cette dame Blonde ? Qui a volé le diamant bleu, la lampe juive, le billet de loterie gagnant ? -, ces deux nouvelles aventures sont surtout le prétexte à un jubilatoire duel à fleurets mouchetés entre les deux plus grands héros de la littérature populaire du début du XXe siècle: Sherlock Holmes de sir Arthur Conan Doyle et Arsène Lupin de Maurice Leblanc. Le résultat donne un petit chef-d'oeuvre parodique plein de suspens et de malice même si, comme à son habitude, l'insolent Arsène finit toujours par se jouer avec brio de toutes les polices.

  • Humain, trop humain Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Friedrich Nietzsche. Conçu à Bayreuth en 1876, achevé en 1878, "Humain, trop humain", sous-titré "Un livre pour esprits libres", fut en majeure partie dicté à Peter Gast. La première édition était dédiée à la mémoire de Voltaire. L'ouvrage se présente en trois parties publiées à différentes dates: "Humain, trop humain", "Opinions et Sentences mêlées" et "Le Voyageur et son ombre". Les deux premières parties sont respectivement composées de 638 et 408 aphorismes, la troisième d'un dialogue entrecoupé de 350 aphorismes. Tirant leurs titres de sujets divers, les aphorismes des deux premières sections sont ordonnés en neuf parties devant faire suite aux quatre "Considérations inactuelles" déjà publiées entre 1873 et 1876. Dans la première partie, "Des choses premières et dernières", Nietzsche fait observer que le monde métaphysique constitue, par définition, la plus indifférente des connaissances. À la métaphysique il oppose donc sa propre philosophie, tendant à retrouver, dans tout ce que la pensée a considéré jusque-là d'origine transcendante, une sublimation d'humbles éléments humains. Selon lui, l'origine de l'idée métaphysique est le langage, qui, doublant en quelque sorte la réalité, place un nouveau monde à côté du monde réel. Dans la deuxième partie, "Pour servir à l'histoire des sentiments moraux", il aborde le problème éthique. Nietzsche tient pour essentielle, à l'égard de la morale, la proposition selon laquelle nul n'est responsable de ses actes, à telle enseigne que juger équivaut à être injuste. La troisième partie, "La Vie religieuse" contient en germe les thèmes, développés par la suite dans "L'Antéchrist", de la lutte contre le christianisme, tenu pour une "haute ordure". La quatrième partie, "De l'âme des artistes et des écrivains", entend surtout définir les caractères essentiels de l'art, qui doit, dans ses productions, présenter les caractères d'une immédiate et soudaine révélation. Dans la sixième partie, "L'Homme dans la société", les aphorismes soulignent crûment la vanité et l'égoïsme qui constituent le fond de toute amitié, des luttes, des polémiques et en général de tous les rapports humains. Avec la septième partie, "La Femme et l'Enfant", le philosophe se livre à de pertinentes remarques et observations sur le mariage, l'esprit féminin et l'enfance. "L'homme avec lui-même" constitue le sujet de la neuvième et dernière partie.

  • Democrite, epicure, lucrece : les materialistes de l'antiquite Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Paul Nizan. "Les Matérialistes de l'Antiquité" est un essai sur le matérialisme grec du IIIe au Ier siècle avant notre ère. Il rassemble un large choix de textes de Démocrite, Épicure et Lucrèce traduits, présentés et annotés par l'auteur. Romancier auteur d'"Aden Arabie" et des "Chiens de garde", Paul Nizan était aussi Agrégé et enseignant de philosophie, ami entre autres de Jean-Paul Sartre. Plus que jamais d'actualité aujourd'hui, Paul Nizan écrit: "Il y a des époques où toutes les possessions humaines, les valeurs qui définissent une civilisation s'effondrent. L'accumulation des richesses économiques à un pôle de la société n'empêche pas l'appauvrissement général. Point de temps plus tragique que le temps d'Épicure. [...] Le malheur s'établit parmi les Grecs, le désordre et l'angoisse augmentent tous les jours. [...] Aux valeurs d'une grande civilisation collective se substituent des valeurs de combat, aux valeurs civiques, des valeurs d'argent. Un capitalisme du crédit se développe et les nouveaux riches étalent leurs nouvelles fortunes, au moment même où les classes moyennes [...] qui avaient été le fondement de la démocratie du Ve siècle, disparaissent. Les valeurs politiques sur lesquelles la Grèce avait vécu au temps de sa grandeur s'évanouissent."

  • Antoine bloye - (*) Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Paul Nizan. "Antoine Bloyé", roman biographique de facture classique, s'ouvre sur l'évocation de l'enterrement du père et retrace l'ascension sociale d'un fils de simple cheminot. Empruntant beaucoup à la vie réelle du père de l'auteur, qui poursuit ici sa dénonciation de la bourgeoisie, le livre dresse une généalogie sociale des prises de position politiques et éthiques de Paul Nizan et condense les grands thèmes de son oeuvre. La trahison y occupe une position centrale: changer de classe, c'est non seulement rompre avec un lieu - avec la terre - et avec une culture, mais aussi trahir les siens et se trahir, en franchissant la ligne qui sépare les oppresseurs des opprimés. Roman du père, "Antoine Bloyé" est aussi celui de la vengance du fils, qui dénonce l'existence de ces fonctionnaires placés sur les rails d'une carrière qui ne laisse aucun temps à la méditation, au retour sur soi, et moins encore à l'ouverture aux autres. Les désirs de voyages étouffés, les nuits agitées de fantasmes avortés témoignent de l'aliénation d'Antoine Bloyé. L'importance des thèmes de l'héritage et de la lignée apparaît pleinement dans la pause que constitue la naissance de son fils Pierre, laps de temps pendant lequel la mécanique de la répétition, des gestes, des actions et des préoccupations est interrompue. Il délaisse l'usine et le travail pour envisager sa propre mort et considérer son passé: "Antoine pense souvent à sa propre mort, qui viendra, et il contemple ce fils qui n'est rien encore, qui le trahira, qui le détestera peut-être, ou qui mourra - comme la très grande puissance qui le délivrera lui-même, qui le sauvera de la mort." Le monde du travail dessine l'armature sociale d'Antoine Bloyé, qui s'élève dans la hiérarchie de la compagnie, au fil des mutations et des déménagements, habite des demeures plus cossues et entre dans une bourgeoisie qu'il adopte, comme on ferait d'un vêtement emprunté.

  • Conscience contre Violence Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Stefan Zweig. Au XVIe siècle, le pasteur et théologien Jean Calvin, instaurateur de la Réforme protestante, établit son pouvoir sur Genève. Il met en place un régime quasi théocratique qui soumet l'État à la volonté toute puissante de la nouvelle Église et les citoyens genevois à de sévères règles d'austérité. Le penseur humaniste Michel Servet, qui s'oppose à Calvin, est arbitrairement condamné à mort et brûlé vif en place publique. Un autre théologien protestant, Sébastien Castellion, partisan de la tolérance, tente alors de faire valoir les idées non-violentes de Servet et entre en conflit avec Calvin. "Conscience contre Violence" met en scène l'affrontement entre Castellion et Calvin. Tolérance contre intégrisme, modération contre dogmatisme, individu contre communauté, humanisme contre fanatisme, liberté de conscience contre inquisition religieuse, l'essai de Stefan Zweig nous fait vivre une lutte féroce qui déborde de beaucoup la simple querelle théologique et le cadre historique de la Réforme protestante. Écrit dans les années '30, pendant la montée du nazisme en Allemagne, prônant la liberté de l'individu contre la force aveugle du pouvoir, l'ouvrage attaque bien évidemment le fascisme et toutes les formes de totalitarisme.

  • à soi-même Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Odilon Redon. Sous-titré "Journal 1867-1915, Notes sur la Vie, L'Art et les Artistes", ce recueil d'Odilon Redon se partage en éléments de journal intime, confidences d'artiste, extraits de correspondance et portraits de contemporains: peintres (Fantin-Latour, Millet, Ingres, Courbet, Delacroix, sans oublier le maître graveur Bresdin, mais aussi les impressionnistes) ou musiciens (Schumann et Berlioz). On y lit une lettre de l'auteur en forme d'autobiographie spirituelle et plastique, des souvenirs d'enfance et des évocations des grands maîtres qui l'ont influencé (Rembrandt, Dürer, Delacroix). S'y ajoutent des notes sur les aspects techniques de son oeuvre, en particulier la lithographie. Puis il retrace comment il en est venu à abandonner la sculpture et l'architecture pour la gravure. Il décrit aussi comment le faux succès qui annexe certains artistes sait exclure les autres: de Ingres, présenté comme un dessinateur académique à l'esprit stérile, il affirme ainsi qu'il n'est pas de son temps. De même dans son texte sur la "coterie" des impressionnistes, il parle de Berthe Morisot comme d'une "fleur qui a donné son parfum et qui se fane hélas". Quant à Degas, "le plus grand artiste de ce groupe", il est un "Daumier tenant sa palette". Corot, Millet, mais aussi Léonard de Vinci lui inspirent les plus grands éloges, en particulier pour avoir reconnu la part de l'ombre. Au fil des entrées du journal, des méditations sur l'âme ou sur la vérité en peinture, on devine un certain goût pour l'occultisme et le thème obsédant du Messie féminin. - "Les écrits de Redon sont indispensables pour la compréhension du peintre d'abord, mais aussi de cette grande époque de la peinture qui va du Salon des refusés de 1863 au triomphe de Cézanne." (J.-F. C., Le Monde).

  • J'accuse

    Emile Zola

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Émile Zola et d'un entretien avec Madeleine Rebérioux sur l'Affaire Dreyfus. Émile Zola séjourne à Rome quand l'Affaire Dreyfus éclate. Il est indigné par la dégradation militaire humiliante du capitaine le 5 janvier 1895. Quelques mois plus tard, il dénonce, dans des articles publiés dans "Le Figaro", les dangers que font courir à la France les campagnes de presse odieuses menées contre la République et contre les Juifs. Lorsque le commandant Esterhazy, protégé par l'armée, est acquitté à l'unanimité le 11 janvier 1898, Zola décide alors de s'engager totalement pour la défense d'Alfred Dreyfus. Il publie dans "L'Aurore" du 13 janvier 1898 une lettre ouverte adressée au président de la République Félix Faure. C'est son fameux "J'Accuse...!", puissant texte de combat dans laquelle il attaque nommément les membres de l'état-major, cherchant à se faire inculper pour que la vérité éclate dans un procès. Il est bien inculpé, au terme de deux procès, condamné à un an d'emprisonnement et à 3000 francs d'amende (la plus lourde peine). Il quitte la France le 18 juillet 1898 pour l'Angleterre, d'où il ne revient que le 5 juin 1899, abreuvé d'injures, calomnié, radié de l'ordre de la Légion d'honneur. Lui qui ne vit que de sa plume a perdu le calme propice au travail et une grande partie de ses lecteurs. Il meurt à Paris en 1902, à l'âge de 62 ans, sans avoir vu triompher la vérité pour la défense de laquelle il s'est engagé, notamment la loi d'amnistie du 14 décembre 1900 visant tous les faits relatifs à l'Affaire Dreyfus. Mais ce très grand écrivain, dont l'Académie française avait rejeté toutes les candidatures, a su avec son "J'Accuse...!" accomplir un acte dont la valeur morale et sociale a été déterminante, et devenir un modèle pour tous les intellectuels épris de justice et de vérité.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Jehan Rictus. Le "pauvre" de Jehan Rictus, trimardeur parisien, loqueteux bohème, gouailleur et poète, est plus proche du vagabond médiéval que du prolétaire contemporain. Mais, en pleine période symboliste et parnassienne, le public fut très sensible au réalisme cynique, aux malédictions désespérées et aux anathèmes anarchistes de ces "Soliloques du pauvre", qui contrastaient fort avec la décadence raffinée alors à la mode. Le héros de ces soliloques - poèmes-chansons monologues écrits dans l'argot populaire des faubourgs parisiens de la Belle époque et destinés à être récités sur scène - est un sans-logis contraint d'errer dans Paris, comme le fut un temps Jehan Rictus lui-même, un gueux, un sans-dents, un marginal de la révolution industrielle qui exprime avec gouaille sa féroce ironie critique mêlée à un profond désespoir. Sceptique sur les "immortels principes", méprisant les démagogues et la bourgeoisie bien vêtue et bien nourrie, il se défie tout autant des professionnels de la bienfaisance, des hypocrites qui battent "T'tambour su' les ventres creux" dont le métier, dit-il, est de "plaind' les Pauv's" en faisant la noce. Ardent anarchiste du début du XXe siècle, Jehan Rictus, que l'on compare souvent à Jean Richepin et à Aristide Bruant, n'est pourtant pas révolutionnaire: trop de fatalisme, trop de scepticisme et trop de dégoût l'en empêchent: "Gn'a rien à faire, gn'a qu'à pleurer". Le présent volume contient les sept grands textes de l'édition finale des "Soliloques du pauvre". "Le Coeur populaire", qui fait parler prostituées, enfants battus, ouvriers, cambrioleurs, etc., contient pour sa part tous les poèmes de l'auteur n'appartenant pas aux "Soliloques": doléances, complaintes, ballades, récits, chants, etc., dont "La Jasante de la Vieille" ("Jasante" veut dire "Prière" en argot), qui reste peut-être son meilleur poème, inspiré par la vision qu'il a eue de la fosse des condamnés au cimetière d'Ivry.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Hugues Rebell. Où l'on croise un enfant vivant entre sa grand-mère nourricière et sa tante un peu folle, habitant près de son oncle ancien conseiller d'état du second empire, un cousin nommé Victor, un faux marquis italien mais vrai escroc, un général en retraite, une comtesse, un évêque de Jéricho, et enfin la Femme qui a connu l'Empereur. De celle-ci, espionne à la petite semaine mais inconditionnelle de l'Empereur, on relate les aventures, entre éloge et déchéance de l'Empire. Concevant son récit comme un roman de moeurs à clé perverti par le marquis de Sade et la marquise de Sévigné, Hugues Rebell, l'auteur libertin de romans érotiques (voire pornographiques), l'écrivain individualiste nietzschéen, le monarchiste nationaliste farouchement hostile à l'Eglise, illustre bien ici ses idées sur la société et son mépris tout aristocratique de la démocratie. Mais, comme toute l'oeuvre de Rebell, malgré son originalité entre Symbolisme et École romane, "La Femme qui a connu l'Empereur" est finalement très caractéristique de la Belle époque. Avec ses personnages d'artistes, de financiers et de demi-mondain.e.s, il s'attache avant tout, dans le sillage de Maupassant, à décrire le côté sensuel de la passion amoureuse.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Remy de Gourmont. Sous-titré "Portraits symbolistes" et accompagné des trente "masques" d'écrivains dessinés par Félix Vallotton pour l'édition originale, le "Livre des Masques" est une galerie de monographies composée, dans cette première série, de trente écrivains français symbolistes de la fin du XIXe siècle: Francis Poictevin, André Gide, Maurice Maeterlinck, Pierre Louÿs, Emile Verhaeren, Rachilde, Henri de Régnier, J.-K. Huysmans, Francis Vielé-Griffin, Jules Laforgue, Stéphane Mallarmé, Jean Moréas, Albert Samain, Stuart Merrill, Pierre Quillard, Saint-Pol-Roux, A.-F. Herold, Robert de Montesquiou, Adolphe Retté, Gustave Kahn, Villiers de l'Isle-Adam, Paul Verlaine, Laurent Tailhade, Jules Renard, Louis Dumur, Georges Eekhoud, Paul Adam, Lautréamont, Tristan Corbière et Arthur Rimbaud. Sans prétendre à la critique littéraire, Rémy de Gourmont excelle dans ce genre du "portrait littéraire", guidé par l'idée qu'une oeuvre n'est pas sans rapport avec le caractère de son auteur. Les études psychologiques sont fouillées, les figures sont brossées d'une main sûre, les talents et les traits caractéristiques de chaque écrivain apparaissent immédiatement, et ce sont moins des masques que de très véridiques portraits. Une bibliographie des trente auteurs complète le volume. "En littérature comme en tout, il faut que cesse le règne des mots abstraits. Une oeuvre d'art n'existe que par l'émotion qu'elle nous donne; il suffira de déterminer et de caractériser la nature de cette émotion, cela ira de la métaphysique à la sensualité, de l'idée pure au plaisir physique." - Remy de Gourmont.

  • Germinal

    Emile Zola

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Émile Zola. Publié en 1885, "Germinal", treizième volume du cycle des "Rougon-Macquart", est le roman le plus célèbre de Zola. C'est l'histoire d'une grève dure, "la lutte du capital et du travail, le coup d'épaule donné à la société qui craque un instant", selon l'auteur. L'action se déroule dans le bassin houiller du nord de la France. Emile Lantier vient d'être renvoyé d'un atelier des Chemins de fer pour avoir giflé son chef. Chômeur, il se fait engager à la mine de Montsou où il est affecté dans l'équipe de Maheu. Il partage l'enfer du travail au fond des puits et la vie extrêmement difficile des familles de mineurs résignés à leur quasi esclavage depuis des générations. Mais Etienne rencontre un militant et commence à lire des brochures prônant la lutte sociale. Après une baisse de salaire des mineurs, il décide d'organiser une grève contre la Compagnie des mines et crée une caisse de secours. Pendant deux mois et demi de luttes et de souffrances, les mineurs tiennent bon face aux riches propriétaires qui refusent toute négociation et finissent par faire tirer la troupe contre la foule des manifestants. Les grévistes comptent leurs morts et doivent finalement reprendre le travail. Un anarchiste nihiliste, Souvarine, sabote alors la mine, faisant de nouveaux morts dans l'effondrement des galeries. Malgré la catastrophe, les ouvriers ont compris que la lutte pour améliorer leur condition est désormais possible grâce à l'organisation syndicale et politique unitaire. "Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait bientôt faire éclater la terre."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon-Paul Fargue. "Haute solitude" est l'oeuvre la plus accomplie et la plus déchirante de Fargue. Reprenant les chemins de rêves et de cauchemars déjà parcourus dans "Vulturne", l'auteur poursuit cette fois son investigation jusqu'au point critique où le poète, se séparant de lui-même, s'installe dans la "Haute solitude", lieu étrange dont il nous dit les peurs et les prestiges. Par elle, il atteint la nuit des temps préhistoriques comme celle de la fin du monde dont il nous dit être l'un des six témoins. C'est entre ces deux nuits de la terre et du ciel, de la naissance et de la mort, que s'inscrit ce recueil de proses. Visionnaire stupéfait "d'avoir vu d'un coup Dieu dans le monde, comme on s'aperçoit dans une glace à l'autre bout de la chambre", Fargue possède cette puissance verbale propre à entraîner le lecteur dans la randonnée préhistorique qui ouvre le livre. Nous y assistons à la formation des mondes, à la succession des époques, à l'apparition d'un "monstre bizarre", l'Homme. Puis, délaissant ces mondes chaotiques, un autre univers non moins fantastique est exploré: ce Paris tant aimé, parcouru et arpenté par l'auteur du "Piéton de Paris". Le voici déambulant à travers les rues, accompagné par les fantômes et les visages de ceux qu'il a aimé. Il dit les gares, les banlieues, les cafés, les nuits blanches, les rumeurs de la ville et la vie dans son désordre cosmique. Mais aucune rue qui ne conduise inexorablement vers ce haut lieu où souffle l'esprit: la solitude. "Je travaille à ma solitude, cherchant à la diriger dans la mer d'insomnie où nous a jetés la longue file des morts..."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de François-René de Chateaubriand. Chef-d'oeuvre écrit durant plus de trente années, de 1809 à 1841, les "Mémoires d'outre-tombe" sont divisés en cinquante "livres" et quatre "parties". La première partie, la Jeunesse, va de 1768 à 1800. Chateaubriand y trace, en tableaux inoubliables, les étapes de sa jeunesse: la naissance, les soirées de Combourg, son isolement, ses promenades mélancoliques, son affection pour sa soeur Lucile, sa vie de lieutenant à Paris, sa découverte de la Cour, ses premières idylles et ses premiers écrits, les débuts de la Révolution, son départ pour l'Amérique puis son séjour à Londres et la misère. La seconde partie est consacrée à sa Carrière littéraire (1800-1814): portraits de ses amis, Pauline de Beaumont, l'entrevue et la rupture avec Bonaparte, les années d'écriture à la Vallée-aux-Loups, les voyages, la gloire enfin. Avec la troisième partie, on assiste à sa Carrière politique (1814-1830): Chateaubriand se lance dans l'arène, publie des pamphlets, passe dans l'opposition, devient ambassadeur à Berlin et à Londres puis ministre des Affaires étrangères. La Révolution de 1830 met un terme à son engagement. Il voyage encore en Suisse et en Italie mais se consacre désormais entièrement à l'achèvement de ses "Mémoires", qu'il vend à une société d'actionnaires en stipulant que son oeuvre ne doit paraître qu'à titre posthume (d'où son titre "d'outre-tombe"). Le récit autobiographique de plus de 2500 pages s'achève par une récapitulation où l'auteur se plaît à souligner les contrastes de sa vie: "Je me suis rencontré entre deux siècles comme au confluent de deux fleuves." Les "Mémoires d'outre-tombe" forment un livre unique en son genre par son mélange de réel et d'imaginaire, son investigation psychologique continue et profonde, sa langue et son style d'une extraordinaire variété, ses admirables portraits et descriptions enfin qui sont parmi les plus belles de la littérature française.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Maurice Leblanc. Un étrange cambriolage est commis au château du comte de Gesvre, à Ambrumésy. Raymonde de Saint-Véran, nièce du propriétaire, surprend le voleur et tire sur lui pendant sa fuite. L'homme disparaît, apparemment rien n'a été volé. Un jeune et brillant étudiant en rhétorique, Isidore Beautrelet, pense que le mystérieux voleur est sans doute Arsène Lupin. À la grande satisfaction de la police française, le cadavre du célèbre gentleman cambrioleur est justement retrouvé quelques jours plus tard. Refusant de croire à cette histoire et se faisant passer pour un journaliste, le jeune lycéen décide de mener l'enquête, en partie fondée sur le déchiffrage d'un texte codé. Mais l'inspecteur Ganimard et le fameux détective anglais Herlock Sholmès ne sont pas loin. Malgré les fausses pistes qui se multiplient, l'investigation se poursuit au Pays de Caux et ailleurs. Une énigme historique traversant toute l'histoire de France, de Jules César à la reine Marie-Antoinette, se révèle bientôt au grand jour. Arsène Lupin, connu aussi sous le nom de Louis Valméras, aurait découvert le secret du fabuleux trésor des rois de France, caché au coeur de l'Aiguille creuse d'Etretat. Riche en rebondissements et péripéties de toutes sortes, intrigant à souhait, truffé d'éléments historiques, à la croisée des genres entre récit policier, récit historique et récit d'aventures, "L'Aiguille creuse" est l'un des chefs-d'oeuvre les plus populaires de Maurice Leblanc.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Maurice Leblanc. Premier recueil des aventures d'Arsène Lupin, "Arsène Lupin, gentleman cambrioleur" est composé de neuf nouvelles publiées dans le mensuel "Je sais tout" entre 1905 et 1907. La première, "L'Arrestation d'Arsène Lupin", est peut-être la plus belle réussite de Maurice Leblanc, non seulement parce qu'elle impose en quelques lignes la silhouette de celui qui deviendra le plus célèbre des aventuriers, mais surtout pour sa maîtrise narrative: au terme d'un brûlant exercice en énonciation, et bien avant "Le Meurtre de Roger Ackroyd" d'Agatha Christie, c'est la grammaire qui donne la solution de l'intrigue policière. Mais toutes les nouvelles font preuve d'une même virtuosité stylistique. Aux multiples déguisements du gentleman maître en trucages et mystifications, répondent les astuces d'un auteur habile à prendre au piège son lecteur. La figure d'Arsène Lupin n'est pas seulement celle d'un séducteur et aristocrate du crime qui envoie sa carte de visite au baron qu'il va dévaliser ("Arsène Lupin en prison") ou le prestidigitateur du cambriolage qui résout une énigme de plusieurs siècles au nez et à la barbe d'un célèbre détective ("Herlock Sholmès arrive trop tard"), mais aussi un être aux mille visages, génie de la métamorphose à l'identité toujours fugace ("L'Évasion d'Arsène Lupin", "Le Collier de la Reine", "Le Sept de coeur"). Au cours de ses tribulations, le héros collectionne les identités en traversant sans peine tous les degrés de l'échelle sociale, aussi à l'aise en petit employé étriqué qu'en prince russe ("813") ou en grand d'Espagne ("Les Dents du tigre"). C'est plutôt aux lignées aristocratiques que va sa préférence, justifiant ainsi son surnom de gentleman: «Marquis, baron, duc, archiduc, grand-duc, petit-duc, contre-duc, tout le Gotha, quoi! On me dirait que j'ai été roi, ventre-saint-gris, je n'oserais pas jurer le contraire.» Signes particuliers permettant de l'identifier: charme irrésistible (on ne compte plus ses conquêtes féminines), coeur d'or (il ne vole qu'aux riches et, tel Robin des Bois, se fait le défenseur de la veuve et de l'orphelin) et surtout verve intarissable - ses tirades échevelées, alliant un lyrisme volontiers épique à la gouaille d'un gamin de Paris, sont l'un des grands attraits de la saga. Bandit dilettante, héritier des dandys nihilistes fin de siècle, aventurier mondain du Paris des années 1900, Arsène Lupin procède ici d'un anarchisme mondain caractéristique de la Belle Époque, aussi habile que primesautier.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Friedrich Nietzsche. Sous-titré "Réflexions sur les préjugés moraux", "Aurore" compte 575 aphorismes répartis en cinq livres sur "la morale considérée comme préjugé". Bien que ce livre marque le début de sa campagne contre la "moraline" - commencée avec "Humain, trop humain" et poursuivie avec "Par-delà bien et mal" et "Généalogie de la morale" - on n'y rencontre aucune attaque, aucune négation, aucune malignité. "Aurore" est au contraire plein du pressentiment d'une "transmutation de toutes les valeurs" qui enseignera aux hommes à dire "Oui à la vie" en se débarassant du mensonge du moralisme. Bien que méfiant envers les imposteurs moraux, Nietzsche n'entend cependant pas nier la moralité et ne nie pas que des hommes agissent pour des "raisons morales", mais il nie que l'hypothèse sur laquelle ils se fondent ait un fondement réel. Pareillement, il nie l'immoralité. L'idée de "l'innocence du devenir" s'impose au philosophe. Prônant la libération de la pensée, il exprime ici ce que peut avoir d'ennuyeux la culture si on la conçoit sans enthousiasme et en dehors de la vie. Nietzsche avertit d'ailleurs lui-même que son ouvrage n'est pas fait pour être lu du commencement à la fin. Il faut au contraire l'ouvrir souvent "puis regarder ailleurs et ne rien trouver d'habituel autour de soi".

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Stefan Zweig. "Écrire l'histoire de Marie-Antoinette, c'est reprendre un procès plus que séculaire, où accusateurs et défenseurs se contredisent avec violence. Le ton passionné de la discussion vient des accusateurs. Pour atteindre la royauté, la Révolution devait attaquer la reine, et dans la reine la femme. Or, la vérité et la politique habitent rarement sous le même toit, et là où l'on veut dessiner une figure avec l'intention de plaire à la multitude, il y a peu de justice à attendre des serviteurs complaisants de l'opinion publique. On n'épargna à Marie-Antoinette aucune calomnie, on usa de tous les moyens pour la conduire à la guillotine; journaux, brochures, livres attribuèrent sans hésitation à la «louve autrichienne» tous les vices, toutes les dépravations morales, toutes les perversités; dans l'asile même de la justice, au tribunal, le procureur général compara pathétiquement la «veuve Capet» aux débauchées les plus célèbres de l'Histoire, à Messaline, Agrippine et Frédégonde." - Stefan Zweig.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Matthew Gregory Lewis. Traduit de l'anglais par Gabriel Louis Terrasson de Sénevas. Avec Ann Radcliffe, Charles Robert Maturin et Horace Walpole, M. G. Lewis est aujourd'hui considéré comme l'un des principaux maîtres précurseurs du roman gothique anglais. Auteur d'un célèbre classique du genre, "Le Moine", il a aussi écrit dans les années 1800 plusieurs courts romans d'épouvante tout aussi horrifiques et susceptibles de procurer des sensations oppressantes aux lecteurs de l'époque. Le récit débute en bonne compagnie, dans un de ces salons bourgeois anglais de la fin du 18e siècle où la principale activité est la médisance, avant de basculer très vite dans la jungle sauvage de l'île de Ceylan. Dans ce décor exotique d'aventure coloniale, un jeune propriétaire anglais, Seafield, est traqué par l'un de ces redoutables serpents géants nommés "Anaconda", ou "Boa Devin". Ces monstrueux reptiles sont capables d'attaquer, d'étouffer puis d'avaler en une seule fois et en entier les hommes comme les buffles ou les tigres. L'homme est parvenu à se cacher dans un abri mais le monstrueux reptile reste aux aguets. Luttant contre leur peur, la fiancée, les amis et les serviteurs de Seafield s'organisent. Ils s'engagent dans une lutte à mort contre cet Anaconda aussi fascinant qu'invincible.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Diderot. Roman et dialogue philosophique, "Jacques le Fataliste" est un longue conversation entre un brave valet, Jacques, et son maître, tous les deux personnages errants toujours prêts à philosopher à bâtons rompus sur la vie humaine. Ils nous sont bien présentés au début de leur voyage, mais nous ne savons finalement pas grand chose d'eux. Ils ne semblent en tout cas pas pressés, s'arrêtant volontiers au bord du chemin, revenant sur leurs pas, et tentant toutes les aventures qui se présentent à eux. Tout en cheminant, Jacques raconte sa vie et ses amours à son maître. Il a son franc-parler et des opinions tranchées. Il proclame en particulier que tout ce qui arrive est déjà écrit dans le grand registre du destin et que la vie est un enchaînement de forces que l'homme n'a que l'illusion de commander. Il n'hésite pas à reprendre et à sermonner son maître qui lui oppose sans cesse ses propres réflexions et raisonnements contraires en toutes choses. Plusieurs récits divers et variés relatant les aventures de Jacques se détachent du dialogue: l'histoire des amours de Mme de La Pommeraye et du marquis des Arcis (adapté récemment au cinéma par Emmanuel Mouret sous le titre de "Mademoiselle de Joncquières"), la romanesque histoire d'un moine défroqué (prétexte, après "La Religieuse", à une nouvelle diatribe anticléricale de Diderot), ou encore la vie et les aventure d'un certain M. Desglands. Le dialogue entre les deux hommes se poursuit, interrompu par des incidents, des rencontres, des sautes d'humeur, et même parfois par les interventions directes de l'auteur qui réfléchit tout haut sur la conduite de ses personnages jusqu'à ce qu'il décide d'y mettre arbitrairement un terme. "Jacques le Fataliste", avec son mélange des genres, la truculence de ses scènes, le comique des situations et la vivacité de la narration, n'est pas sans rappeler les chefs-d'oeuvre de Sterne, Voltaire, Cervantes et Rabelais.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Romain Rolland, prix Nobel de littérature 1915. Biographie critique de Léon Tolstoï, enrichie de lettres, documents et études consacrés aux relations de l'écrivain russe avec les penseurs orientaux, notamment avec Gandhi. "La grande âme de Russie, dont la flamme s'allumait, il y a cent ans, sur la terre, a été, pour ceux de ma génération, la lumière la plus pure qui ait éclairé leur jeunesse. Dans le crépuscule aux lourdes ombres du XIXe siècle finissant, elle fut l'étoile consolatrice, dont le regard attirait, apaisait nos âmes d'adolescents. Parmi tous ceux pour qui Tolstoï fut bien plus qu'un artiste aimé, un ami, le meilleur, et, pour beaucoup, le seul ami véritable dans tout l'art européen, j'ai voulu apporter à cette mémoire sacrée mon tribut de reconnaissance et d'amour." - Romain Rolland.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Arthur Schopenhauer. "Le Monde comme volonté et comme représentation", oeuvre majeure de la philosophie occidentale, est une tentative d'explication complète du monde doublée d'une critique radicale de celui-ci. L'ouvrage est divisé en quatre livres traitant d'épistémologie, de métaphysique, d'esthétique et d'éthique. Le premier livre traite du monde comme représentation (phénomène). Le second énumère les degrés et les formes de manifestation de la volonté dans la nature. Le troisième est consacré à la théorie de l'art. Le quatrième expose les problèmes de la morale et de la philosophie de la religion. À ces quatre livres, le philosophe allemand a rajouté une suite de "Compléments" dans lesquels il précise sa pensée. Schopenhauer analyse la doctrine kantienne de la chose en soi ainsi que la théorie platonicienne des idées. Il affirme que le monde sensible n'est que pure volonté, cette volonté étant la somme des forces conscientes et inconscientes qui se manifestent dans l'univers. Il affirme également que ce monde sensible ne nous est donné que comme réalité fictive, ou représentation. Le monde de la volonté, qui fonde celui de la représentation, est dégagé des caractères de ce dernier: alors que la représentation est déterminée par l'espace, le temps et la causalité, la volonté est en revanche unique. Alors que la représentation est réglée par le principe de raison, la volonté est irrationnelle. Une première voie de libération de cette volonté irrationnelle est l'art. S'opposant aux grands maîtres de l'idéalisme classique et de l'historicisme, le philosophe soutient que le pessimisme est la véritable conception du monde, telle qu'elle a été révélée aux grands génies artistiques et aux fondateurs des grandes religions. Il se refuse à admettre que l'humanité progresse au cours de l'histoire, celle-ci n'étant qu'une succession d'apparences trompeuses. Schopenhauer, inspiré ici entre autres par la philosophie orientale et son approche cosmique de l'existence individuelle (influence des Upanishad et de la Bhagavad-Gita), pose avec force le problème de la personnalité individuelle et de la nature propre de l'individu spirituel. Son "Monde comme volonté et comme représentation" a donné naissance à un nouveau courant de pensée qui a amené la philosophie contemporaine à une plus grande compréhension de la complexité de la vie de l'individu. Les traits distinctifs de sa réflexion, comme la méfiance en la raison et le pessimisme, ont eu une très forte influence sur la culture des XIXe et XXe siècle, aussi bien en littérature (Tolstoï, Maupassant, Kafka, Mann,...), qu'en philosophie (Nietzsche, Bergson, Wittgenstein, Freud,...).

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Élisée Reclus. "J'étais triste, abattu, las de la vie. La destinée avait été dure pour moi, elle avait enlevé des êtres qui m'étaient chers, ruiné mes projets, mis à néant mes espérances. Des hommes que j'appelais mes amis s'étaient retournés contre moi en me voyant assailli par le malheur. L'humanité tout entière, avec ses intérêts en lutte et ses passions déchaînées, m'avait paru hideuse. Je voulais à tout prix m'échapper, soit pour mourir, soit pour retrouver dans la solitude, ma force et le calme de mon esprit. Sans trop savoir où me conduisaient mes pas, j'étais sorti de la ville bruyante, et je me dirigeais vers les grandes montagnes dont je voyais le profil denteler le bout de l'horizon." Anarchiste exilé en Suisse après la Commune de Paris, géopoéticien avant l'heure, précurseur de l'écologie et de la mésologie, c'est en savant, philosophe et poète qu'Elisée Reclus s'attache ici à décrire le milieu naturel de la montagne, observé lors de son séjour dans les Alpes, qui lui permet de retrouver la joie et l'émerveillement. Menant en parallèle étude scientifique et réflexion philosophique sur la liberté et le bonheur, explorant et analysant les paysages, la géologie, le climat, la flore, la faune, se penchant avec humanité sur la vie des montagnards, il explique l'environnement avec clarté et simplicité, transmettant au lecteur toute l'émotion de l'expérience vécue. "Histoire d'une montagne" est à la fois un traité géographique sensualiste et une méditation philosophique, à la fois science et poésie.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Denis Diderot. Publiée à titre posthume en 1796, "La Religieuse" est à la fois une satire des moeurs sexuelles et religieuses du XVIIIe siècle et une apologie de la liberté individuelle. C'est aussi une mystification pleine de mouvement ourdie par Diderot, Grimm et quelques autres compères au détriment d'un de leurs amis, le marquis de Croismare, homme sensible qui s'était intéressé au sort de la jeune Suzanne Delamarre (Suzanne Simonin dans le roman), sans parvenir à lui faire gagner son procès. En 1758, Suzanne avait en effet accusé sa mère de l'avoir enfermée de force à l'abbaye de Longchamp, puis au couvent de femmes Sainte-Marie de la rue du Bac où elle dû subir nombre d'épreuves et d'humiliations. Finalement, suivant les conseils d'un prêtre bénédictin, lui aussi entré en religion malgré lui, elle parvint à retrouver la liberté après avoir rompu ses voeux religieux. Diderot et Grimm publieront une fausse correspondance de l'ex-religieuse destinée à émouvoir le marquis de Croismare, puis Diderot entamera plus tard le récit romancé de ses mésaventures sous forme de mémoires. Aussi bien roman érotico-philosophique des corps et des âmes que conte satirique malicieux, "La Religieuse" peint sur le vif, outre le personnage de l'innocente Suzanne plus ambigüe qu'il n'y paraît, plusieurs figures inoubliables de confesseurs et de moniales, dont notamment celle de la supérieure de Saint-Eutrope, si prompte à déshabiller la jeune couventine et à l'embrasser sur la bouche.

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