Publie.net

  •  Les noms qu'ici on prononce sont les noms de révoltés, ou du moins qui n'ont pas hésité à l'opposition individuelle à un système qu'ils jugeaient coercitif.  On suit Courbet à sa sortie de prison, et on regarde quelle toile il peint. On est avec Jacques Reclus, qui eut dix-sept enfants, dont Élisée et Élie Reclus,  Mais on est aussi dans le sud-ouest français au temps de la guerre d'Espagne. Et on revient à la fin de la Commune, au mur des Fédérés.  À sa manière, et dans la force habituelle de sa prose, Marie Cosnay investit en romancière des instants précis du temps historique. On est sur les barricades, ou cachés au Père-Lachaise. Ce microscope, qui nous redonne les êtres tout entiers, permet qu'on glisse sur des personnages interpoés, qu'on passe presque sans rupture à la fiction.
    Ce texte magnifique est d'une actualité immédiate : pourquoi ne nous révoltons-nous pas ? Que devons-nous à ceux qui, avant nous, se sont révoltés ?
    Paru en mai 2012 aux éditions Quidam, voici sa première édition numérique. Un grand texte pour dire notre présent.
    FB

  • Des enfants jouent sur un rivage, et aperçoivent un corps échoué. C'est celui de Monsieur M. - une énigme à résoudre, jusques et y compris dans la fable qui peu à peu devient fantastique, mêlant l'enfermement de qui écrit à ce qui l'oppose aux mots d'ordre hurlés. Les voix qu'il entend dedans la page encore à écrire, et celles d'un dehors devenu carcéral, vociférant ordres et mots d'ordre. Aux mises en abyme successives qu'organise le récit, aux labyrinthes d'une bibliothèque - vide de tous ses livres brûlés, sauf un seul encore à écrire -, aux jeux de miroirs que peu à peu le geste d'écrire fait naître de lui-même, le roman vient proposer, comme autant de nouveaux reflets, l'écho de portraits successifs.


    Ils viennent comme démultiplier, dans leur champ propre, l'interrogation que porte le récit, que porte peut-être tout récit. Dans la clôture d'une chambre, que peuvent écrire ou peindre ? Les deux actes, entiers dans leur geste, viennent, chacun à leur mesure, dépasser la condamnation qu'ils portent en eux-mêmes. Un papillon noir, fasciné par la flamme du rêve dans un rêve, vole vers la nuit elle-même.

    Jean-Yves Fick

  • Écrire, donner du sens, dire sa vie et la raconter, pour savoir, soi, ce qu´on a vécu, pour comprendre le sens de son passage dans le monde coloré et mouvementé, impétueux aussi, pour saisir en soi et dans les autres l´humanité, pour écouter le son qu´elle rend quand elle est parvenue aussi loin qu´il est possible dans l´existence. Seul le récit qu´on en fait permettra de reculer d´un pas, et de comprendre, et de transmettre sa compréhension. Caravaggio est parvenu à ce qu´il est convenu d´appeler le soir de sa vie ; ce soir déploie ses ombres et ses clairs-obscurs, ses derniers éclats de lumière aussi dans le texte. Il s´est placé dans un étrange lieu d´où parler, d´où s´adresser aux hommes, lui qui bientôt ne sera plus de ce monde. Il n´est pas tout à fait dans un autre monde, il est sur le seuil de ce monde. Tel, quand on est sur le départ, on se retourne une dernière fois et on ajoute quelques phrases encore. Il nous dit ce qu´il lui est essentiel de livrer sur son art, sur le lien intime entre lui et le monde, par quoi la singularité d´un artiste est universelle. Car en elle, humanité et création s´entrelacent et tissent un lien profond avec le monde complexe dans lequel nous sommes tous. Son regard est déjà fixé au loin mais il discerne encore des détails qui rendent toute la scène intensément vivante. Bona Mangangu tient cette note tout au long du livre, dans un monologue essentiel et d´un seul souffle. Comme chanté.

    Isabelle Pariente-Butterlin

  • MacGuffin

    Anne-Sophie Barreau

    Le principe du MacGuffin, élément moteur qui fait avancer une histoire en entraînant les personnages dans ses péripéties, presque toujours un objet, généralement mystérieux, date des débuts du cinéma, mais l'expression est le plus souvent associée au cinéaste Alfred Hitchcock. Dans le livre d´Anne­-Sophie Barreau, cet objet est un téléphone, son iPhone perdu à San Francisco, le jour de son anniversaire, lors d'un voyage effectué avec son compagnon en Californie.
    Qu'est­-ce que l'on perd au juste quand on égare son téléphone portable ? Des images, des souvenirs, des contacts ? Les souvenirs refont surface peu à peu dans le désordre du surgissement des images, le labyrinthe qu´elles décrivent en nous, en même temps que certaines disparaissent à jamais. L´auteur se rappelle des photographies qu'elle n'a pas prises. Le livre s´apparente alors à une enquête en forme de quête, permettant à l´auteur de sauver certaines images de son voyage faisant apparaître en creux des souvenirs plus lointains, enfouis, comme révélés par les images perdues, disparues, ravies, et d´assembler ainsi, dans ce périple à travers l´Amérique et de son parcours personnel, ce qui est au fond le propre de toute histoire, un tissu rapiécé, un pêle-mêle.
    Odradek est un nom inventé par Kafka dans sa nouvelle inachevée « Le souci du père de famille ». Objet de toutes les interprétations et les détournements imaginaires possibles, il est à la fois une poupée et un prodige tombé du ciel, une mécanique de l´horreur et une étoile, une figure du disparate et un microcosme ; en somme, le modèle réduit de toutes les ambiguïtés d´échelle de l´imaginaire. Ce livre d´Anne­-Sophie Barreau est une fiction sur le pouvoir de l'image, l´imaginaire des voyages, la versatilité de notre mémoire à l´ère du numérique et la capacité de l´art à nous permettre de retenir le temps. Comme l´Odradek, MacGuffin est la forme que prennent les choses oubliées.


    MacGuffin existe aussi sur le web...


  • « Ce qui est aigu, dans le moment que nous vivons (...), c'est la conjonction de trois crises : financière, écologique, géopolitique. »

    Entamé début 2006, dans un deuxième tome qui peut tout aussi bien être lu indépendamment du précédent, le journal de Laurent Grisel nous fait entendre le bruit sourd des faillites et des férocités qui annoncent et préparent ce que les médias nommeront « la crise de 2008 ». Très documenté, toujours limpide malgré la complexité des mécanismes qu'il décrypte, le Journal déjoue les manipulations médiatiques à l'oeuvre dans les discours politiques et économiques qui continuent d'avoir cours aujourd'hui. Banqueroutes, mais aussi élection d'un président d'extrême droite en France, découverte de l'ampleur de l'économie invisible (celle des produits dérivés et de la spéculation) et de son emprise sur l'économie visible, assassinat de Benazir Bhutto au Pakistan, luttes et désespoirs ouvriers, conséquences des dérèglements climatiques sur la vie humaine et non humaine, autant de fils qui sont suivis et noués au cours de cette année charnière. L'écriture du journal, fine, régulière, dont l'objet n'est rien de moins que la compréhension d'un monde en fusion, recèle des moments plus sereins de vie personnelle : voyage au Japon, notes prises le long de l'écriture de livres en gestation, parmi lesquels le Journal lui-même dont l'architecture commence à prendre forme. Un geste politique, sensible, littéraire et citoyen.

  • La traversée

    Jérémy Liron

    Un récit en caméra subjective. "Sans dialogue, aux contours flous", dit Jérémy Liron. Un condensé d'impressions, mais que peu à peu les haltes, les paysages structurent, et qui laisse affleurer avec d'autant plus de présence les trois personnages, l'histoire d'amour qui surgit prégnante, avec les trajets et voyages, avec les messages qu'on efface du portable, et la mémoire de tous les films qu'on a vus.  Artiste plasticien, Jérémy Liron travaille souvent au plus près du réel urbain, via un matériau photographique repris ensuite dans des peintures à l'huile où cette notion de présence, dans la ville ordinaire, passe avant tout le reste - voir son site lironjeremy.com et son blog les pasperdus.blogspot.fr - c'est un peu de cette façon qu'il nous embarque dans ce récit, roman dense et bref où le décalage d'un prénom suffit à faire basculer tous les repères.  FB

  • "entre ce qu´on sait et ce qu´on arrive à vivre, y´a des romans", nous disait-il en janvier au Petit Palais Question numéro six : et l´écrivain, dans le numérique, reste-t-il le même ? Bien évidemment que oui, se récriera-t-on : il est à sa table, il a remplacé la plume ou la machine à écrire par l´ordinateur et l´imprimante, et, une fois le travail fini, le porte à son éditeur. Mais pas si simple. La machine à écrire, et la forme de ce qu´on donnait à l´imprimeur, a toujours été liée aux formes particulières à chaque époque (la presse, le cabinet de lecture, le poche en sont des exemples - et ce duc de Ferrare, qui refusait les livres imprimés dans sa bibliothèque, « parce qu´ils manquent d´âme » ?). Ce qui ne change pas, c´est la curiosité, et qu´on mette en tension le langage et ce qu´il représente. Et ce qu´on nomme littérature, plutôt la résultante ou l´accumulation de ces points nodaux singuliers, où cette relation du langage au monde a été déplacée - et parfois même si discrètement. Ainsi l´itinéraire singulier de Jacques Serena : des études d´arts plastiques, dans cette frange méditerranéenne de la France, l´errance, des livres écrits pour d´autres. Et, dans cette période issue du grand bouleversement des années 60 et du rock, l´illusion qu´on partageait autrement les villes. Nomadisme, expérience des limites, et pour vivre, vendre et fabriquer des objets de cuir sur les marchés, l´été, trafiquer des posters achetés en gros à Milan, l´hiver. Et c´est ce monde-là qui s´entend dès le premier livre publié sous le pseudonyme incertain de Jacques Serena, comme s´il y avait une vie noble pour l´auteur à côté ou au-dessus de ce dont il témoigne : Isabelle de dos, et qui culmine dans ce livre fait d´instants au volant d´une voiture, la nuit sur une autoroute, dans une piaule de centre-ville avec clignotement d´une enseigne bleu au loin, et d´un narrateur perché sur tabouret face à miroir, dans Lendemain de fête. Ce à partir de quoi l´auteur pseudonyme Jacques Serena aurait pu envisager une vie confortable ? Mais ces textes qu´il écrit, c´est un monde fait de croisements, d´instants. Les lieux mêmes appellent, à côté des livres publiés chez Minuit, une galaxie d´ensembles brefs. Et ces récits, liés à ces narrateurs de pauvres paroles, sont des objets qui demandent qu´eux-mêmes on les charge, de notre corps, de notre parole. De grands acteurs et metteurs en scène se sont emparés des étranges situations de Serena, dans ces lieux non identifiés des fonds de ville, où la précarité n´est pas décrite, mais symbolisée par quelques points fixes, boîte de thon (on en retrouve une dans Artisans) et nouilles mal cuites, un tee-shirt pour tout bagage. Un monde qui, pour l´écrire, suppose qu´on arpente soi-même, sinon ces lieux qui furent un temps les vôtres, les locuteurs qui les affrontent à distance ? Jacques Serena est pour moi un compagnon d´ateliers d´écriture : ce qu´on apprend à ces expériences, qu´il continue lui aussi, c´est le langage à sa limite - et s´il reste un absolu, une nécessité, là même où le monde implique l´écrasement des êtres. Puis une musique, un art particulier de l´oralité, du regard sans distance sur l´extrême proche, une façon singulière de dialogue : la narration a toujours d´abord été musique. Alors Jacques Serena pour conclure cette série de six textes, parce que la figure de l´auteur, le fractionnement et la circulation des textes, l´appel aux voix, l´expérience où on doit se placer soi-même, sont des indicateurs importants, dans l´onde de choc qui saisit l´univers autrement stable des livres.
    FB liens  Jacques Séréna aux éditions de Minuit  à propos de Lendemain de fête  Wagon, de Jacques Serena, sur publie.net  Fiévreuse, aux éditions Argol l´auteur Né en 1950. Vit dans le sud de la France.

    Premier roman en 1989 aux éditions de Minuit.

    Depuis, publications épisodiques chez le même éditeur, ainsi que chez divers autres.

    En 1994, appel de Jean-Louis Martinelli, commande d´un premier texte dramatique. Ecrivain associé du Théâtre National de Strasbourg.

    Création d´ateliers d´écriture en milieux

  • Dans ce que le numérique change à notre façon d´écrire, le paramètre du temps est essentiel. Mais ce n´est pas nouveau : le temps a depuis toujours été matière essentielle pour la prose comme pour la poésie, et cela culmine dans À la Recherche du temps perdu.
    Et si nous n´avions plus, pour dire, que cet espace restreint de l´écran ? Et si nous n´avions plus, pour imposer ce qui nous amène à la littérature par réflexion, imagination, écart, que ce mouvement rapide de balayage généralisé qui semble être la loi sur Internet ?
    Il se trouve, depuis les haïku japonais et leur rigide contrainte formelle, jusqu´à des écritures tenues en condition de survie (Daniil Harms), que ces contraintes du bref peuvent cependant devenir et littérature universelle.
    La lecture sur téléphone portable, les expériences de réseau et micro-blogging sur des supports comme twitter.com peuvent-elles supporter ce que nous assignons à la littérature ?
    Et s´il fallait plutôt se poser la question à l´envers :
    Puisque notre expérience du monde, en termes d´information, de curiosité, de savoir, mais aussi de pratiques esthétiques, nous ont positionnés dans ce moment du monde, comment mettre cette question en travail, l´expérimenter pour nous-mêmes ?
    Faire le projet de s´expédier à soi-même, chaque jour, un « SMS » en 100 caractères (espaces compris), qu´est-ce que cela change (on se souvient du beau titre de la revue de Jean-Pierre Faye) à ma langue, qu´est-ce que cela déplace de mon rapport au monde ?
    C´est en tout cas l´expérience qu´a faite, pour cette publication, Béatrice Rilos.
    Après son passage aux Beaux-Arts de Paris, où elle a travaillé avec Christian Boltanski, elle a publié un premier livre, Enfin. on fera silence au Seuil dans la collection Déplacements, et vient de publier le second, Is this love, au éditions Le mot et le reste.
    Le mot et le reste est un éditeur qui privilégie la relation de la littérature à la musique. Dans Is this love, Béatrice Rilos se saisit de deux figures emblématiques apparemment opposées, sauf justement leur statut de mythe, et ce qui s´y incarne d´une identité antillaise : Bob Marley et Fidel Castro. Et puis, dans cette tension qui les oppose, qu´est-ce se joue, précisément à 2 générations de distance, de cette identité, et, encore plus particulièrement, du statut de la femme ?
    Béatrice Rilos l´appréhende depuis son territoire, elle est née à Paris. La ville et le corps, on le verra dans 100 caractères sont les deux « tenseurs » d´une écriture souvent violente, qui travaille dans un processus d´arrachement, où résonne alors forte charge onirique.
    Nous tenions à associer ici les deux démarches, le livre Is this love (l´éditeur est présent au Salon du livre), et l´exploration numérique 100 caractères (espaces compris), comme parfaitement symbolique du travail contemporain, de ses enjeux au présent.

    FB liens l´erratique, le site et blog de Béatrice Rilos 2007 Enfin. On fera silence, Seuil , collection Déplacements 2008 Coeur mis à nu, Publie.net, Zone risque, avec une préface de Christian Boltanski.
    2009 Ou les élections, Publie.net , Zone risque 2009 Is this love, Le Mot et le Reste, collection Écrits l´auteur Née en 1979 à Paris.

    2002 Maîtrise : arts plastiques, Paris VIII 2007 Diplômée de l´Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris

  • VIA

    Fred Griot

    Et si la vraie révolution numérique, ce n´était pas (d´abord) la mise à disposition sur nos nouveaux supports, le petit ordinateur portable ou le grand écran de l´ordinateur fixe, ou la tablette de lecture, ou le téléphone, ou la présence parmi les ressources de la bibliothèque, municipale ou universitaire, où vous avez vos habitudes, mais dans la possibilité de construire des « objets » (comme le livre, matériellement, est objet - et fameusement complexe, même le simple livre de poche) issus de dimensions pas forcément neuves, ou récentes, mais qui ne savaient pas se constituer ensemble ?
    Et si cette possibilité neuve dessinait autrement, de la même façon, l´idée même de ce qu´est un auteur, en assemblait autrement les composantes ? Dur vocabulaire, mais je m´explique :
    L´expérience du monde, du carnet de voyage, elle est pour nous tous. Mais l´édition traditionnelle était un filtre : elle permettait que viennent à nous ces fabuleux explorateurs des continents inconnus, ou des traversées décalées de notre présent.
    Mais le continent des carnets de chacun restait inaccessible, avec le numérique on peut non seulement le publier, avec dessins et photos, mais faire que, lorsque vous voyagez quelque part, l´accès vous en soit facilité.
    Idem, la lecture à voix haute (Dickens gagnait sa vie comme ça, Kafka en donnait mensuellement) est une composante organique de notre poésie et de notre prose : voir comment Flaubert, à la fin d´un livre, invitait ses amis pour une séance de huit heures à haute voix. Dans la condition contemporaine de notre travail, la ville, le risque des expériences, les lieux de lecture à haute voix ne sont plus un complément du livre, ou un outil de sa promotion.
    L´oeuvre orale d´un immense poète comme Christophe Tarkos est à la fois au niveau de son oeuvre écrite et séparée d´elle.
    Et puis la notion de temps : en construisant un site, l´auteur ne se contente pas, même étymologique que dans publicité, de se publier : la bascule essentielle, en ce moment, c´est comment le site, au lieu d´être l´accumulation du matériau complémentaire, en amont ou aval du livre, devient oeuvre lui-même.
    Et devient oeuvre parce qu´il permet que le coeur du travail soit son cheminement.
    Ainsi, parmi quelques autres dans un paysage web de plus en plus riche, le site parl de Fred Griot. Où on articule à chaque page écran le manuscrit ou le carnet, la voix lisant ou parlant comme les sons enregistrés du monde brut, comme s´accumulent des photographies et des vidéos. Comme la part publique du travail de ce qui reste encore sous l´appellation globale écrivain réside dans ces interventions avec danseur, guitariste ou plasticien et que c´est cela qu´on emmène sur les routes (Christophe Fiat a ce même chemin).
    Alors comment en rendre compte ? Vous avez accès sur cette page à VIA, de Fred Griot, version texte. Mais un texte qui est lui-même le retour sur langue de ce que déplace l´ensemble du travail, images et sons. La langue comme pâte, son inscription sonore. Le contact langue-corps et comment on en fait trace.
    Mais entrez dans ce que nous nommons encore et pourtant bibliothèque numérique, et le texte vous proposera ces autres dimensions, de voix, d´images...
    Ce qui s´indique ici de chemin, à vous de l´emprunter : le livre, disait déjà Walter Benjamin en 1927, n´est plus le « vecteur exclusif » de l´écriture.

    FB liens co-directeur avec Francois Bon des éditions www.publie.net _ membre de la rédaction de www.remue.net _ et tout le reste sur www.fgriot.net l´auteur fred griot (1970) mène une recherche littéraire depuis long _ écrit essentiellement poésie et prose courte, en un travail de « pâte-lang » _ travail d´une matière de lang, travail d´une terre, organique, basale, rustre, racine _ a voyagé souvent seul, au hasard, en train presque toujours _ métier de dehors _ explore depuis plusieurs années l´écriture via le web, avec ce qu´il permet de travail « à vue », associé au graphisme et au corps sonore de la lang _ tente le son et la scène, comme aspects plus physiques du texte, en solo ou en collaborations _ à propos de VIA Il

  • C'est en 1993 qu'Éric Chevillard fait paraître sa Nébuleuse du crabe, un livre étape dans la construction de son fantastique. Crab, le personnage principal, est une forme, une durée, un système d'idée, une critique de Léonard de Vinci.
    Mais, avec Chevillard, les personnages de roman ne s'arrêtent pas au livre qui les fait naître.
    Ici, l'auteur inventeur de Crab est aux prises avec son propre personnage. Des voix contestent, assaillent, commentent. Une journaliste de radio veut à tout prix une réponse à des questions insolubles.
    Et tout d'un coup, nous voilà sur la piste vertigineuse d'une critique du roman...

    Manière de saluer ici la parution de Dino Egger, le nouveau livre d'Éric Chevillard chez Minuit (l'éditeur), ainsi que le 3ème tome annuel de son Autofictif, le célèbre triptyque lancé chaque minuit (l'heure).
    Qui a a dit que la littérature contemporaine n'autorise pas le rire ?
    Je remercie profondément Eric d´avoir bien voulu être présent avec nous dès le début de l´expérience publie.net... A lire aussi sur publie.net : Dans la zone d´activité. On peut visiter aussi sa page auteur sur le site des éditions de Minuit, mais surtout la vue d´ensemble que propose Even Doualin sur le site Eric-chevillard.net.


    FB

  • En avant marge

    Pierre Ménard

    Le texte est une fiction au service du sens.
    Par un supplément de simulacre et de fermeture qui semble s´engager avec la transformation du dehors. Une autre mise en place. Par exemple le jeu, le travail de cette feinte. Il n´y a rien hors du texte.

      Pierre Ménard est un des plus intrigants pseudonymes du web.
    Fondateur de liminaire.fr, il a développé le fameux audioblog de lectures versatiles Page 48.
    Le principe de ce site, qui existe depuis janvier 2005, est simple, il s´agit d´une série de lectures de livres de différents genres (roman, poésie, essai), mais une seule page, la page 48, devenue réécriture orale collective, redessinant, via contribution de chacun, un paysage bis, une anthologie de ce qui nous rassemble, de ce qui compte.
    Ce projet s´inspire d´un texte de Joe Brainard, I Remember, dans lequel l´auteur américain évoque ses souvenirs à partir d´une formule récurrente lui servant de leitmotiv ou de ritournelle et dont s´inspirera ultérieurement Georges Perec en publiant Je me souviens : « Je me souviens d´avoir projeté de déchirer la page 48 de tous les livres que j´emprunterais à la bibliothèque publique de Boston mais de m´en être vite lassé. » Le parcours de ces blocs d´écriture forme une lecture entre les lignes des livres de chevet, qui nous accompagnent au quotidien, et dont on n´achève jamais vraiment l´inépuisable lecture.
    Le livre présenté ici est constitué des blocs issus de ces lectures versatiles : un livre est tout entier contenu dans une de ses pages. Ces blocs tissent entre les lignes espacées de nos lectures, les trames d´un récit chaque fois renouvelé, son écriture en marge.
    Mais après, un autre enjeu : la bibliothèque contemporaine où Pierre Ménard puise son présent, il la rejoue dans l´univers web des montages, textes audio, journal en ligne de son liminaire.fr. Ce que nous jouons dans et par l´ordinateur, c´est l´héritage et l´engagement présent de ce que nous devons à cette bibliothèque.
    Après une première transposition écran, Philippe De Jonckheere, un des pionniers de l´intervention graphique sur Internet, s´est emparé du texte et en propose une lecture numérique :
    Transparences, superpositions, marges, tout est conçu en fonction de l´objet : l´écriture numérique s´invente maintenant.
    Enfin, noter sur publie.net En un jour, échange chat en temps réel (c´était la contrainte) de Pierre Ménard et Esther Salmona, auquel on joint fichier audio de lecture par les auteurs. Et que Pierre Ménard édite et dirige D´ici là, revue trimestrielle de création numérique, diffusion publie.net, le n° 0 en libre accès (courrier :
    Directement Pierre Ménard, merci).

    FB PS : les lecteurs qui ont téléchargé En avant marge dans l´ancienne interface de publie.net sont priées de se signaler par mail : ce sera un plaisir de leur offrir la nouvelle version sur leur compte lecteur.
    Pierre Ménard est né en 1969 à Ris-Orangis, et vit à Paris. Bibliothécaire, il anime régulièrement des ateliers d´écriture. Présent au travers d´interventions en revues, ainsi que sur supports sonores et sur internet.
    Pierre Ménard anime depuis 2004 la Zone d´Activités Poétiques Marelle ainsi que deux podcasts audios (Marelle Radio) et Page 48 : Lectures versatiles). Il tient également au quotidien un bloc-notes poétique sur internet. L´ensemble de ces travaux est disponible sur son site : LIMINAIRE.

  • [TEXTE COURT] Une femme part en moyenne dix fois avant de partir...

    La violence ordinaire et dissimulée, et comment on y répond, et de la violence particulière des hommes sur les femmes.
    Le bruit en arrière-plan de la ville contemporaine, consommation, images, Internet et même la chirurgie esthétique. Trajets de nuit, de Saint-Lazare à Pigalle, variations sur la neurobiologie, et des lettres, A, B, D pour sculpter les personnages sans nom que nous sommes.
    Plus ombre et croisement de Sarajevo, fond de guerre et exil, et ce qu´il en est de l´immigration dans nos grandes villes.
    Comment tenir récit de ce qui nous concerne, un doigt qu´on passe sur la fêlure d´une vitre ? Comment permettre au récit qui heurte à l´ensemble de réinventer sa continuité depuis cet éclatement ? La notion d´expérimentation prend son plein sens...

    FB

  • ... Ce sont deux personnes qui courent dans deux directions opposées, l´une très vite, l´autre très lentement : finissent-elles par se retrouver ?
    ... Vu de loin, la première personne donne l´impression de poursuivre la deuxième : on dirait que la deuxième essaie de ne pas faire remarquer à la première qu'elle a vu qu'elle le poursuivait.
    ... Vu de loin, on dirait qu'ils font tous les deux de grands gestes. (En fait, ce ne sont pas eux ?) ... Vu de loin, on ne voit pas leur visage : l´un pourrait être l´autre. - Arrivera bien ce moment d´ailleurs, où les rôles s´inverseront, où ce ne sera plus le même qui aura le soleil dans le dos et qui demandera quelle histoire l´autre se racontait.
    ... Vu de loin, on dirait presque qu'ils se touchent mais aucun des deux ne s´en rend compte. (Ou bien ce ne sont pas eux ?) ... Vu de loin, on a l´impression qu'ils apparaissent, qu'ils disparaissent, qu'ils réapparaissent.
    ... Vu de loin, on dirait qu'ils cherchent un avion perdu, ils regardent sous les pierres.
    ... Vu de loin, on dirait qu'ils s´écrivent, en fait, ils crient : SURTOUT, NE DÉCRIS PAS LA MER, CE N´EST PAS LA PEINE, JE VAIS PASSER DEVANT, MOI AUSSI. J´AI PLUS ENVIE DE RACONTER UNE HISTOIRE D´AMOUR, MAIS JE N´EN AI PAS LA MOINDRE IDÉE. LE PREMIER ARRIVÉ VA AU-DEVANT DE L´AUTRE OU BIEN RETOURNE SUR SES PAS OU BIEN REPENSE AU CHEMIN PARCOURU. SI J´ARRIVE LE PREMIER, TU M´ATTENDS ? ON POURRA REMETTRE LA MUSIQUE AUTANT DE FOIS QU'IL NOUS PLAIRA. LE PREMIER TROUVÉ OUVRE LES YEUX. QU'EST-CE QUE TU FERAIS SI TU AVAIS QUINZE SECONDES ? TRENTE ? CINQUANTE-TROIS MINUTES ? (SACHANT QU'UN BATEAU MET PRESQUE UNE SEMAINE POUR TRAVERSER L´OCÉAN).
    ... Vu de loin, on dirait qu'ils veulent dire par où ils sont passés.
    ... Vu de loin, on a l´impression qu'ils ouvrent les yeux dans l´eau. CE SONT DEUX PERSONNES QUI COURENT DANS DEUX DIRECTIONS OPPOSÉES, L´UNE TRES VITE, L´AUTRE TRES LENTEMENT, JUSQU´À L´OCÉAN.

    Pascale Petit

  • Trame

    Benoît Vincent

    Daté « centre hospitalier de Montélimar, 8 et 9 décembre 2007 », Trame, une nuit dans la mort est écrit dans les heures de veille d´un proche. Il n´est pas question, après, de reprendre ni de bouger les lignes : ce qui s´est écrit l´a fait de façon sismique, s´est inscrit dans une disposition précise de pages, de graphies. Et c´est ainsi que l´expérience singulière rejoint l´expérience commune.
    Publie.net présente aussi, de Benoît Vincent, un essai en 3 volets, La littérature inquiète, dont le 1er, L´anonyme, sur Maurice Blanchot, est déjà en ligne.
    Visiter le site de Benoît Vincent : ambo(i)lati

  • Plateau

    Fred Griot

    La meilleure façon de découvrir le travail très original de Fred Griot, un des artisans de l´aventure publie.net ?
    Fred Griot pratique la montagne et d´autres sports de vertige.
    En écriture, un dedans de la langue, mais poussé dans une expérience concrète par la performance (avec musiciens souvent) ou l´image et le son via le site parl.
    Plateau, quelque chose d´autre que la littérature essaye - non pas de théoriser - mais d´inventorier dans la langue ces éléments que la voix, le souffle déplacent : notes et réflexions sur la langue parlée en scène.
    Voir autres textes de Fred Griot sur publie.net : Refonder, notes d´écritures, et un carnet de voyage : Visions. Et version lue de Plateau sur remue.net.
      plateau quelque chose d´autre que la littérature   il n´y a plus d´autre possibilité maintenant que de la dire avec le corps, ça, cette lang écrire par le plein de la bouche et du corps lang physique lang organe parole : la retrouver c´est aussi se libérer du langage évolué pour retourner à la lang. la primaire, l´archaïque, l´organique. celle qui souffle du dedans dedans ce n´est plus de la pensée ce n´est plus intellectualisé, c´est quelque chose de physique maintenant. quelque chose de chair et de bouche quelque chose de concret palpable là-dedans la parole est avant la lang. la parole vient du ventre, du corps, du souffle, avant la lang... comme née plus antérieurement, plus archaïque, plus originelle, plus proche de notre préhistoire vocale que la lang normée la lang ça sert à former la parole. ça vient ensuite. ça sert ça sue ça mécanise la parole c´est comme si, peu à peu, on pouvait moins faire confiance à la lang, ne plus l´utiliser telle quelle - elle a été trop détachée, au fil des siècles, de ses fonctions organiques archaïques, tellement intellectualisée - que ressent le besoin lancinant de trouver une lang propre, un patois. de malaxer cette pâte, de la dé-syntaxer pour trouver ce patois. retrouver la pâte de souffle, primaire le langage est pour beaucoup encore soumis aux règles, à la lang sociale, aux règles de la lang du corps social.

    Le langage n´a sans doute pas d´abord surgi d´une nécessité d´expression, de communication sociale, mais d´exploration. dans ce sens il est nécessaire de redécouvrir une lang téméraire, curieuse, exploratrice, risquée, affranchie. portée devant. une lang sauvage.
    Il ne s´agit plus de la suivre, de l´utiliser, normée, mais de laisser la parole carnée paroler d´elle-même ce qui ramène au corps. encore. à cet appel du corps respire à une lang et parole comme ne pouvant plus se dispenser du corps oui c´est ça c´est physique. une lang organique carnée. c´est aussi concret que de souffler marcher. de plus en plus concret même. du tâter pâte-mot à tâton il s´agit d´aller jusqu´au bout de dire ça il s´agit de savoir ce que l´on tien dedans on peut aller plus loin. disloquer encore plus quelque chose d´autre que de la littérature

  • Les ingrédients, on les a tous.
    Si 1/100 des personnes concernées par ce texte se le procuraient, l´année publie.net serait royale, ô combien.
    Roman d´apprentissage : on commence la fac, et puis vient la transition vers le monde adulte - non, il garde les rêves, la preuve - mais salarié. Voir Choses de Perec, pour la génération précédente.
    Mais âge de l´amplification électrique : il y a populaire dans pop, et si de la révolution anglaise on garde les paroles, on les braille comme là-bas on s´imagine qu´ils les braillent (Let there be sound, let there be guitar, tel ther be rock), c´est le parquet de bal des villages qu´envahissent les guitares et les projecteurs, dans la périphérie de nos villes de province - pas forcément Orléans où vit et enseigne Michel Brosseau, plus à l´ouest, tiens, Angers ferait l´affaire...
    Et amplification des excès de toujours : les joints circulent, et l´alcool ça n´a pas bien changé.
    Amplification parce que période de mutation : vieille société rurale qui ne se résigne pas à ses habits urbains. Que le fils entre à l´université et puisse enseigner, c´est le symbole par excellence. Et lui il ne le comprendrait pas ?
    Alors il y a friction. Dans le poids social qui s´exprime par clichés et allusions, dans les repas du dimanche, dans la vieille reconduction des hiérarchies, c´est toute cette société qu´on surprend en train de se changer d´habits : l´usine, les rocades, les immeubles sont déjà là, en filigrane, et donnent le plein sens à ce qui s´exprime par cette soirée avec alcool et musique, en lieu indéterminé, comme si cette cassure violente on la convoquait exprès, et peu importe où elle surgisse : voir la fin des Vies minuscules de Michon, même époque, même terroir, vers le père Foucaud...
    Amplification de la langue : on a entendu la prose par le polar américain (pas un hasard, vous le verrez, que Michel Brosseau écrive et publie des polars), et par le majestueux trois points de Céline. Langue d´exclamation, acceptant alors les compressions, la totalité des strates de l´argot urbain aux proverbes ruraux.
    Oui, le narrateur enlèvera sa peau de rébellion et deviendra enseignant. Mais si c´est cet excès, alors traversé, qui aide à vivre ? Du même fouet que le concert rock amateur et ses approximations, c´est le narrateur et ses approximations qui se rend, pour vrai de vrai, chez Julien Gracq - juste en voisin. Et c´est une des bascules les plus réussies de ce texte.
    Mannish Boy est aussi un grand blues traditionnel, repris notamment par les Rolling Stones dans l´époque la plus glauque.
    À vous...

    FB Pour les publications de Michel Brosseau, et son regard au quotidien, suivre le site avec blog : A chat perché.
    Et noter une nouvelle expérience en ligne, toute récemment lancée, polar à double fond (commissaire Lognon) : Où la marquise reprend ses droits.

  • à propos de Immobilier services...
    Quand je suis arrivé à Civray, Vienne, en 1964, c´est apparu à mes 11 ans comme une ville complète, avec son lycée, son usine, son cinéma, et la grande ville loin.
    Je suis d´une génération qui, à chaque étape de sa vie, changeait de taille de ville : on a vu se construire, tout au long des années 70, les immeubles, le périph, les rocades.
    Peu de ceux de mon âge sont restés à proximité de la ville d´adolescence, et c´est sans doute un fait de société qui n´a pas encore été exploré dans l´ensemble de ses conséquences (même si le travail de géographes, voir L´Homme spatial de Michel Lussault, peut rejoindre le travail d´écrivains comme Pierre Bergounioux).
    On a vu apparaître les supermarchés, le centre de la petite ville se vider. La route de Poitiers s´élargir, alors les jeunes profs venir le matin et repartir le soir. Dans la vieille et sinueuse rue du Commerce, restent des assureurs, des kinés, des marchands d´orthopédie médicale.
    Les hameaux alentours ont commencé d´être vendus : ceux d´aujourd´hui préféraient faire construire, maisons standard dans lotissements qui ne le sont pas moins. Hollandais et Anglais, en prenant la relève, ont au moins sauvé le paysage : dans la rue du Commerce, à Civray, il y a une véritable épicerie anglaise.
    Il y a quelques années, avec le TGV, l´autoroute, le changement des habitudes travail (on bosse trois jours à fond, on revient quatre à la maison), le mouvement s´est inversé : on est des milliers sur ces trajets pendulaires du TGV. Dans la campagne environnant Poitiers, vous trouverez de grands musiciens, de grands écrivains (Alberto M...).
    Long prologue qui restera une exception dans publie.net, mais qui explique l´invitation à Denis Montebello et Jean-Louis Schoellkopf : depuis deux ans (c´était la troisième édition cet été), la ville de Melle invite des artistes à l´investir - merci à Dominique Truco, l´organisatrice. J´ai lu Mécanique de nuit dans le garage Renault, j´ai lu au café du Boulebvard, j´ai des amis au CAT.
    Denis Montebello, lui, s´est invité chez l´agent immobilier, avec vitrine sur rue. Faites un tour sur Internet, comme si vous vouliez acheter une maison : tous ont investi le virtuel, et l´image y a un rôle décisif.
    Que montre l´image d´une maison à vendre ? Ce qui reste à s´approprier. Les travaux à faire. On évite les vues d´ensemble, de voisinage. On vous montre un détail, une lumière : c´est cela aussi, (habiter. Mais elles sont encore chargées de tout cet intime que Rilke nous a fait découvrir dans le Malte Lauridds Brigge : nulle trace qui ne soit pas celle de la vie, même enfuie, sans visage.
    Alors Denis Montebello et Jean-Louis Schoellkopf (voir son site avaient travaillé ensemble : dans la vitrine du marchand de biens, à Melle, les images et descriptifs des (réelles) maisons à vendre étaient pris en charge par des lecteurs de Rilke... On avait accueilli sur remue.net une toute première mouture de la tentative.
    Archéologue d´autoroute (titre d´un de ses récits chez Fayard), Denis Montebello en applique les méthodes, les étymologies, le vocabulaire à ce présent en suspens, en abandon provisoire.
    C´est ce travail qu´ils ont prolongé. L´objet qu´on présente ici en 150 pages est constitué d´un texte de Denis Montebello (on connaît son travail chez Fayard, au Temps qu´il fait, accompagné de planches d´images de Jean-Louis Schoellkopf : donc non pas l´image illustrant le texte, mais les images recomposant la même interrogation.
    « L´idée de planches à découper et à consulter au fil de la lecture du texte. Je pense qu´il me faudra écrire un mode d´emploi dans la version définitive si l´on garde cette formule. » Je garde l´idée, je vous confie le mode d´emploi !

    FB

  • « Je désirais depuis longtemps écrire un texte érotique dépourvu de la violence traditionnelle et tout dans la tendresse... », dit Bernard Noël. Voici ce monologue inédit, et merci à lui de nous l´avoir confié : toutes les phrases commencent par Elle......
    Le travail de Bernard Noël est de longtemps marqué des grandes ombres de Sade et Bataille. Voir L´Outrage aux mots, préface au Château de Cène, voir sa Maladie de la chair. Ou sur tiers livre.
    Le travail du monologue, comme dans le Syndrome de Gramsci, est un outil formel que Bernard Noël a poussé, dans notre langue, à une incandescence proportionnelle à ce qu´en fait Thomas Bernhard dans la langue allemande : outil de creusement mental, d´exposition et mise à nu, voir comment Bernard Noël lit Artaud (Le Corps imposthume). Ou l´ensemble des textes de Bernard Noël publiés chez POL.
    Le mal de l'espèce a récemment été repris dans le 1er tome Oeuvres complètes de Bernard Noël chez POL, le remercier encore de ce texte confié pour le lancement de publie.net, et quel texte...

    FB

  • D´abord, pour ceux qui ne le connaîtraient pas, laisser Philippe Rahmy se présenter seul (vidéo, 12´). On sait aussi qu´il est un pilier fondateur de remue.net, où il propose ses Chroniques d´incertitude.
    S´il faut autre départ, alors Jacques Dupin, extrait de sa postface à Mouvement par la fin, Cheyne, 2005 (repris dans M´introduire dans ton histoire, POL, 2007] :
    Mouvement à rebours de l´écriture qui commence à l´instant de la mort pour remonter le cours de l´éclat et de l´éclatement d´un corps harcelé par les attaques d´un mal inflexible. Mouvement par la fin, une fin de non-recevoir qui, s´écrivant, se donne et se projette, appréhendant l´issue que le mouvement appelle en la révoquant - et dont il procède par le par qui l´enjambe et qui la dénie [...] Journal anachronique, échardes arrachées au corps souffrant, étincelles dispersées dans l´air.
    Architecture nuit date de 2001, juste avant l´écriture de Mouvement par la fin. Ce texte est resté inédit : mais c´est par lui qu´a surgi l´affrontement. On pourrait dire que sa lecture est réservée à celles et ceux qui ont lu Mouvement par la fin puis Demeure le corps (qui devait s´appeler Demeure la mort). Au centre d´Architecture nuit, le même corps dans l´affrontement de souffrir, l´immobilité et les figures grimaçantes de la perte absolue derrière les outils technologiques de la prise en charge.
    Mais le chemin de Rahmy pour conquérir son propre et central affrontement était celui de la ville : le texte ci-dessous s´organise par rues et par chambres, inclut des rapports, des commentaires, s´échafaude en fictions, notices nécrologiques et même une radiographie, une dissolution-recomposition permanente de la langue dans ses registres administratifs, voire des chiffres. On y joue géographiquement et littéralement avec Poésie :
    De Jacques Roubaud.
    Avec un texte comme Architecture nuit, le projet publie.net trouve peut-être sa propre instance de légitimité :
    L´atelier de l´écrivain, son chemin, sa matière (pâte langue, dirait un autre). Le voici à disposition.

  • Il y a évidemment des points communs aux auteurs qui se joignent à l´expérience publie.net, ou que nous sollicitons pour cela. Ou bien le souhait que nous avons d´honorer d´anciens et forts compagnonnages, ceux qui comptent, et la revue Fusées, à laquelle participe activement Rémi Froger, en est un exemple.
    Dans ces points communs, une ligne de tension principale :
    C´est l´écriture qu´on questionne.
    Et forcément, dans son rapport à ce qu´elle nomme, la saisie obscure du monde, des silhouettes, personnages, visages, les cinétiques d´aujourd´hui, ombres de la ville, parcours de nuit. Et dans cette tension qui la fait art, et que la poésie (Blanchot disait que la poésie est la littérature comme expérience) incarne plus particulièrement, le défi posé doublement à la prose, agir par le rythme, et à la poésie elle-même, tenir le vieux récit du monde.
    Le texte de Rémi Froger, Routes, repérages, est depuis plusieurs mois sur publie.net, et il a attiré assez de nos passants singuliers, sans doute déjà connaisseurs de cette écriture tout aussi singulière. Et c´est bien le coeur de la démarche, ici, que la possibilité de ces reconnaissances, de main à main, silhouette à silhouette, et cela aussi va bien avec ce texte.
    Alors, dans cette interrogation en partage, voici un récit où le monde se décompose, les silhouettes s´assemblent et cessent comme dans ces films d´avant-guerre, en noir et blanc. La littérature n´est pas ostensiblement présente : mais comment naïvement utiliser une initiale comme ce « K » ici en déambulation permanente ?
    Les instruments de musique, dans cet art muet des images, semblent seulement une allégorie onirique, l´art comme communauté, prova d´orchestra - mais ce que chacun affronte avec son instrument est aussi la métaphore de l´auteur.
    Ainsi le traitement des paroles plein texte, mais traitées comme par arrêt sur images : et qu´alors nous ne soyons pas capables de, paragraphe.
    Puis reprise : que nous soyons incapables de commencer à comprendre le monde tel que, paragraphe.
    Et c´est bien le fait même de parler, l´interaction des paroles dites avec le récit, la fusion du monologue intérieur et de la fonction narrative, qui sont mises en avant, non pas comme ces narrateurs d´avant Sarraute et Duras, qui savaient tout, mais comme l´expérience d´aujourd´hui, où nous savons que les mots-eux-mêmes contiennent cette énigme qui mène au monde.
    Alors voici : récit à miroir. Il y a matière à polar à succès, mais l´auteur, comme les personnages ici, a déjà tourné le dos - l´intéresse plutôt ce qui advient à la langue. Les figures qu´elle forme, si on la contraint à ces tensions.
    Mais prenez le droit (on vous en donne presque un tiers ci-dessus) de vous y enfoncer comme dans une salle de cinéma vide, celles qu´a photographiées en Amérique Iroshi Sugimoto, l´appareil dans le noir déclenché pour la durée du film, et la pellicule seulement impressionnée par les variations grises de l´écran. C´est à ce rêve qu´on peut se prendre. Et se révèle du coup un drôle de film.
    On repassera ce texte en Une de publie.net jusqu´à ce qu´on soit tous d´accord là-dessus.

    FB Rémi Froger, vit et travaille en bibliothèque à Cahors. Il a notamment coordonné le numéro de la revue Fusées consacré à Bernard Noël, ainsi que celui consacré à Gherasim Luca.
    De Routes, repérages, un extrait a paru dans la revue en septembre 2007 dans la revue en ligne de remue.net, suivi d´un second.
    Sur remue.net aussi, un autre texte : sens giratoires.
    Il a publié chez POL en 2003 : Chutes, essais, trafics.

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